Lily eut un hoquet. Elle serrait sa baguette dans sa main à s'en faire mal. Elle ferma les yeux et un tremblement lui parcourut l'échine. Elle n'avait rien dit depuis qu'ils avaient découvert le cadavre du garçon. Mais qui pouvait avoir fait une chose si horrible ? Et puis, elle ouvrit les yeux. Son visage était crispé. Un jet de lumière épais et rouge fusa de sa baguette et vint heurter le bois de la porte. Un trou ! Elle avait fait un trou dans la porte !
James avait presque envie de l'embrasser. Mais il se retint. L'heure n'était malheureusement pas aux câlins. Lily releva la tête, et sans un regard pour lui, passa à travers la porte. Ils arrivèrent dans le hall principal. Il y avait un Mangemort par terre. James s'approcha de lui et lui donna un coup de pied dans les côtes. Il ne bougeait pas. Mort, pensa James, avec satisfaction. Aussitôt, ses pensées le dégoûtèrent.
Des cris fusaient tout autour d'eux. Mais James ne voyait personne. Lily lui indiqua l'escalier d'un mouvement de tête, toujours muette. James comprit. La bataille se déroulait en haut. Rapidement, il montait l'escalier, suivi de Lily. Elle lui faisait un peu peur, à ne rien dire.
Lena et Remus couraient sous la pluie. Il n'était pas tranquille. Sa perception plus aiguë que les humains normaux lui disait que quelque chose d'anormal se tramait. Il en fit part à Lena, tout en courant. Soudain, Remus s'arrêta brusquement. Lena faillit tomber. Elle lui lança un regard interrogateur.
- Je sens l'odeur du sang, murmura Remus, livide.
Alarmée, Lena sortit sa baguette. Remus fit de même. D'un geste, Lena lui demanda d'ouvrir le chemin. A regrets, Remus se dirigea vers la gauche, du côté opposé du Château.
Ils avaient l'impression de ne pas avancer. Ils n'y voyaient rien, à travers la pluie. Leurs pas se faisaient hésitants. Mais Remus se fiait à son nez. Il guidait Lena à travers le Parc, dont les herbes étaient de plus en plus hautes. Personne ne venait jamais dans cette partie du Parc. Elle était un peu laissée à l'abandon. La rumeur disait qu'Hagrid y laissait des créatures sauvages en liberté. Perdue dans ses pensées, Lena ne vit pas que Remus s'était arrêté. Elle se cogna contre lui. Il en profita pour la serrer dans ses bras, avec tant de force que Lena en eut la respiration coupée.
- Il vaut mieux que nous partions d'ici, Lena. C'est trop horrible.
- Qu'est ce qu'il y a, Remus ? Dis-moi, le supplia presque la jeune fille. Il avait l'air bouleversé.
- Des animaux morts, voilà ce qu'il y a, répondit le garçon, secoué. Je crois qu'ils protègent Poudlard.
Lena ferma les yeux deux secondes. Très bien. Si Remus ne voulait pas qu'elle voie, elle ne regarderait pas. Sa curiosité avait des limites, surtout si le sujet était morbide. Elle se retourna, prit la main de Remus dans la sienne, et se mit à courir vers le Château.
Ils avançaient doucement, en file indienne. Les cris et les incantations hurlés à pleins poumons donnaient mal au c½ur à Tina. Elle avait envie de vomir tout ce qu'elle savait et de serrer sa peluche préférée dans ses bras. Des Mangemorts. A Poudlard. Ils étaient entrés dans Poudlard. Mais comment ? Etaient-ils partout ? A l'étage, dehors ? Une peur horrible lui serrait l'estomac. Elle ne savait pas quoi faire. Elle se tourna, et vit ses amis la suivre. D'accord. Elle était leur leader. Elle devait assurer, et surtout ne pas se prendre un sort en pleine poire. Elle s'accroupit. Ils étaient arrivés au Deuxième Etage. A sa gauche, elle vit Mc Gonnagal se battre contre quatre Mangemorts. Elle criait des choses qui échappaient à Tina, tant le vacarme était assourdissant. Son chignon s'était défait, et une grimace de rage déformait ses traits habituellement sévères. Trois Aurors étaient devant une porte. Apparemment, ils la protégeaient. Plus loin, Tina vit le Professeur Flitwick faire tomber une armoire sur deux Mangemorts. Il les ligota, et leur jeta un sort. Ils disparurent. Tina n'en croyait pas ses yeux. Maintenant, il prêtait main forte à sa collègue, tandis que les Aurors restaient là, lançant des sorts de loin. Ils étaient apparemment protégés par un sort. A droite, la voie semblait libre. Elle se tourna vers Sirius, qui était à genoux derrière elle.
- Où est-ce qu'on va ?
- Pas dans notre Salle Commune ! chuchota Sirius, paniqué. La peur transformait sa voix. Les Aurors protègent celle des Serdaigles ! On dirait que les Mangemorts veulent y entrer !
Tina sentit sa gorge se serrer. Ils devaient se bouger, pour ne pas faire office de cible. Elle fit un geste de sa main, s'assura que ses amis l'eurent comprise, et courut, le dos courbé, vers la droite. Quelqu'un poussa un cri. Paniquée, elle se tourna, et vit Vanessa qui était tombée par terre. Sa jambe était ensanglantée. Anthony lança sur eux une bulle de protection, aussi puissante qu'il le put, et aida Peter à porter la jeune fille. Ils couraient tous à la suite de Tina, qui passait devant des salles de classes, sans s'arrêter.
- Où est-ce qu'on va ? cria Betty. Elle semblait à bout de souffle.
- Loin d'ici ! cria Tina. Il y a trop de Mangemorts !
- Il n'y a personne, ici ! chuchota James. Le couloir était désert. Peut-être s'étaient-ils trompés de direction. Les escaliers menaient vers tellement d'endroits différents !
- Par là ! s'exclama Lily. De la lumière ! Viens !
Ils coururent jusqu'à l'endroit lumineux, qui semblait se diriger vers eux avec nonchalance.
Lily sursauta avec force. Elle fit un bond violent en arrière.
- Belle soirée, n'est ce pas ? demanda l'homme. Il abaissa sa capuche, et Lily put voir le personnage sourire de toutes ses dents, comme s'il était particulièrement content d'être là.
Avant même que James ait pu faire un geste, une lame sortit de la baguette de l'homme, qu'il pointa sur la gorge de Lily.
- Asseyez-vous. Nous allons discuter, annonça le Mangemort d'une voix doucereuse.
- Qu'est ce que vous nous voulez ? cria James avec hargne.
- Discuter, mon cher ami, puis m'amuser un peu avec vous. Je me présente, fit l'homme avec une petite courbette ridicule, Tobias Rice. Et vous ?
Les deux adolescents ne répondirent pas. Le Mangemort appuya sa lame négligemment sur la peau de Lily, tétanisée par la peur.
- Evans, bredouilla-t-elle. Lily Evans.
- Oh, mais vous êtes une Sang-de-Bourbe, me trompai-je ? questionna Tobias Rice.
- Nnnon, bégaya la jeune fille. Elle ferma les yeux. Une goutte sueur coula le long de son nez.
- Je vais devoir vous tuer, jeune dame. Dommage, vous êtes physiquement à mon goût. Et vous, mon garçon, votre nom ?
- James Potter, articula James. Il réfléchissait de toutes ses forces à un moyen de s'en sortir. Si il tentait quelque chose avec sa baguette, l'ordure trancherait net la gorge de Lily.
- Vraiment ? demanda l'homme. Il approcha son visage de celui de James, réellement intéressé. C'est qu'on ne voit pas très bien, dans le noir, ajouta-t-il avec un petit rire. Oh, oui, c'est bien vous. C'est fou ce que vous ressemblez à votre père ! s'exclama le Mangemort, satisfait. On va l'a déjà dit ? supposa-t-il avec raison. Bien, très bien ! s'exclama Rice, guilleret. Le Maître va être fier de moi quand il saura que j'ai assassiné le fils de William Potter ! Et accessoirement débarrassé la planète d'une impure à son sang... Mais ça, c'est un autre débat. Soudain, le Mangemort se figea dans son expression de contentement extrême. Il tomba lentement en avant. Lily et James se jetèrent sur le côté. Ils sortirent leur baguette d'un geste rapide et la pointèrent sur l'inconnu qui se tenait devant eux.
- Il parlait trop, lâcha l'homme, un petit sourire au coin des lèvres. Baissez vos baguettes, les jeunes. Je suis dans votre camp.
James se leva, et Lily l'imita aussitôt. Une fine goutte de sang perlait au niveau de son cou. Elle se tâta la gorge, comme pour s'assurer qu'elle était toujours là.
- C'est un Auror, acquiesça Lily après avoir scruté l'homme. Elle baissa sa baguette. Comment vous vous appelez ?
- Scarlotti, répondit l'homme. Vous feriez bien d'y aller. Vous n'êtes pas en sécurité ici.
James le regarda, interloqué. L'Auror était de taille moyenne, et semblait être un homme comme un autre, banal, ni trop gros ni trop mince, ni beau, ni moche, sans signe distinctif particulier.
- Et où on est supposés être en sécurité ? James le regarda dans les yeux. Il n'y voyait rien, si ce n'est le reflet des siens.
- Honnêtement ? Je ne sais pas trop, répondit l'Auror. Les Mangemorts ont envahi l'Ecole. On ignore comment. D'après des sources sures, ils essayent d'entrer dans les différentes Salles Communes. Donc je vous déconseille de vous y cacher.
- Même dans celle de Serpentard ? s'exclama James.
Scarlotti hocha la tête.
- Je retourne au combat, les enfants, annonça l'Auror, après une minute de silence. Bonne chance !
- Merde ! s'exclama Remus. Moi aussi j'aurais dû avoir ce fichu miroir !
- Qu'est ce que tu dis ? demanda Lena, qui regardait le trou dans le mur avec une certaine appréhension.
- Pour communiquer avec eux ! Je sais pas où ils sont ! Viens, on y va ! s'écria Remus avec détermination, en lui serrant la main très fort.
- Est-ce qu'on a seulement le choix ? fit Lena en déglutissant avec force. J'aurais dû écrire à mes parents, pensa-t-elle avant de s'engouffrer dans le hall, glauque, de leur Ecole.
Quelqu'un éclata de rire. Ni Remus ni Lena n'osèrent faire de la lumière, ne sachant pas ce qui les attendait. Ils avancèrent silencieusement vers la porte de la Grande Salle, d'où provenait le bruit. Quelque chose se serra dans le corps de Remus. Deux ombres encapuchonnées torturaient des élèves apeurés. Ils étaient trois, acculés contre le mur, le visage déformé par la peur. Les vêtements de la fille était déchirés, et des minuscules plaies saignaient partout sur sa peau. Des larmes inondaient son beau visage. Les garçons n'étaient pas en meilleur état. Ils tremblaient de tous leurs membres, sans fin, comme électrocutés. L'un d'eux se crispa, et vomit une mousse blanche. Il ne bougea plus. L'autre remuait les lèvres, recroquevillé en f½tus sur lui-même. Remus sentit de la bile remonter dans sa bouche.
- EXPERLIAMMUS ! hurla-t-il. Les Mangemorts s'écrasèrent contre le mur. Un filet de sang coula du front d'une des femmes. On aurait dit des s½urs. Elles étaient presque belles, comme ça, évanouies. Remus enjamba les obstacles par terre, ramassa leurs baguettes, et les brisa en deux. Il les ligota, serra leurs liens à la main, et s'éloigna de ces deux monstres. Il s'appuya contre un mur, et se laissa tomber par terre. Il aurait voulu être resté dans la Serre, avec Lena, jusqu'à l'infini.
- Comment tu t'appelles ? chuchota Lena, avec douceur.
- Kristy, murmura la petite fille. Elle était minuscule, livide, et des croûtes se formaient sur sa peau. Lena enveloppa les enfants dans une bulle de chaleur, et leur fit apparaître des couvertures. Elle leur fit boire tour à tour de la Bierraubeurre, espérant les réchauffer un peu. La jambe de Jeremy avait une fracture ouverte. Elle lui fit une attelle, puis cicatrisa les plaies superficielles de Dominic. Elle sursauta. Remus était derrière elle, et avait posé une main sur son bras.
- Allons-nous en, murmura-t-il doucement.
- On ne peut pas les laisser ici ! s'exclama Lena, horrifiée. Pas avec ces monstres dans la même pièce ! Il faut qu'on les emmène avec nous !
- En pleine bataille ? Pas question, trancha Remus. Il faut qu'on retrouve les autres, qu'on se mette en sécurité !
- Mais où ? Tous les Mangemorts sont sûrement d'anciens élèves ! Ils connaissent l'école par c½ur ! Tu comprends ?! Lena perdait le contrôle d'elle-même. Sa mâchoire tremblait, et elle semblait sur le point de pleurer.
- Chuuut, fit Remus en essayant d'apaiser sa petite amie. Je connais un endroit sur. Tous les élèves n'ont pas la prétention d'être des Maraudeurs. On va les y emmener. Pour ça, il faut que tu nous désillusionnes. Tous. On pourra y aller sans danger. Je te le promets, assura Remus en serrant Lena dans ses bras. Il lui caressa les cheveux deux secondes, puis se détacha d'elle. Il faut qu'on y aille.
- Ici ! cria Tina. Elle poussa la porte d'un coup. Ses forces semblaient décuplées. Elle ne savait pas où elle était. Elle avait couru, longtemps, les autres à sa suite. Elle se laissa tomber par terre, dans un coin, et passa ses mains sur son visage, cinq fois. Peter et Betty s'activaient autour de Vanessa. Elle ne savait pas exactement ce que la fille avait, et étrangement, ça lui était complètement égal. Tina ne savait pas ce qui lui prenait. Elle était dans la peau de quelqu'un d'autre.
- Viens nous aider ! lui cria Sirius, qui était penché sur Vanessa.
Enervée, Tina se leva, et s'approcha de la blessée. Okay. Une mare de sang flottait autour de sa jambe, qui était devenue bleue.
- Putain ! s'exclama Tina, horrifiée. Elle se mit à genoux, et commença à marmonner une série d'incantations destinées à guérir cette blessure. Après cinq minutes qui leur semblèrent à tous une éternité, le sang cessa de couler. Mais la plaie était toujours aussi purulente.
- Je vais perdre ma jambe. Vanessa était blême, le visage recouvert d'une fine pellicule de sueur. Ses yeux sortaient de ses orbites et ses lèvres étaient blanches. Sa question sonnait comme une affirmation.
- Mais non ! s'exclama Betty. On veillera sur toi ! Je te le promets. Elle serrait la main de Vanessa, fort. L'inquiétude se lisait dans ses yeux. Tina et elle échangèrent un regard. Sirius essayait de sourire, sans succès. Il se mit à faire les cent pas, et Peter le fixait sans cligner des yeux, absent.
Personne ne parlait. Tina observait tour à tour ses camarades de galère, et voyait bien que parfois, quelqu'un voulait dire quelque chose, mais n'osait pas. Seules les plaintes de Vanessa troublaient le silence.
Anthony, posé près de la porte, sursauta soudain comme un diable dans sa boite.
- Des bruits ! Il y a des bruits dehors ! Qu'est ce qu'on fait ?
- Lance un sortilège de protection sur nous ! lui intima Sirius, qui avait récupéré son self control. Anthony obtempéra.
Sirius fonça vers la porte. L'ouvrit lentement.
- Je ne vois rien, annonça-t-il après s'être figé pendant une minute.
- Qu'est ce que tu crois que fait Dumbledore ? chuchota soudain Lily. Jamais le Château ne lui avait semblé si grand. Elle avait l'impression d'être redevenue une petite fille de onze ans, nouvelle, nerveuse et paniquée. A l'époque, elle avait peur de se perdre, de ne pas être vraiment une sorcière, que ce soit une mauvaise blague, un rêve éveillé. Mais finalement elle s'était rendue compte que tout était réel, bien là. Comme maintenant.
- J'en sais rien, répondit James sur le même ton.
- Qu'est ce qu'on doit faire dans une situation pareille ? demanda Lily.
- Se mettre à l'abri, fit James, sûr de lui.
- Mais où ? Et les autres ? murmura la jeune fille d'une voix hachée.
- Il faut qu'on sache pourquoi les Mangemorts sont ici.
- Comment ?
- Chuuut, dit James. Il s'était arrêté de marcher. Ils étaient au bout d'un couloir. Je vais contacter Sirius, annonça-t-il. Ils parlèrent quelques minutes. James fit un topo de la situation à Lily. Ils n'avaient aucune nouvelle de Remus et Lena. Sirius et les autres étaient dans une classe avec une blessée grave. La petite amie de Peter. Ils ne savaient pas quoi faire d'autre que de s'y cacher. Lily coupa James dans ses explications. Des gens se rapprochaient. Ils parlaient et riaient fort. James tira Lily derrière une statue. Ils étaient presque dans les bras l'un de l'autre. Lily serra les mains de James.
- Le Maître va être content de nous, si on trouve cette dague, jubila un des Mangemorts.
- Encore faut-il qu'on l'a trouve ! lança l'autre, pessimiste. Elle n'est pas chez les Serpentards, une connaissance a vérifié. Mon frère m'a dit à l'instant qu'elle n'était ni chez les Pouffsoufle ni chez les Gryffs.
- Je crois pas qu'elle est chez les Serdaigles ! coupa le premier. Ils sont trop vertueux, ces idiots ! Il se mit à ricaner.
Lily et James respiraient le plus silencieusement possible, mais avaient peur que les battements de leurs c½urs les trahissent. Les Mangemorts passèrent devant eux sans les remarquer, d'une démarche conquérante.
- Y'a p'tet moyen qu'elle soit chez le vieux Dumby, continua l'autre. T'imagines ! Ca fait des années que je rêve de le buter, l'enfoiré !
- En parlant de buter, reprit son camarade, tu sais pourquoi le Seigneur nous a dit de les capturer et de les garder en vie ? Il avait l'air choqué d'une telle requête.
- J'en sais rien, répondit l'autre. Mais ce sont les ordres, alors on exécute, c'est tout. Arrête de te poser trop de questions, et je te dis ça uniquement parce que je t'aime bien.
L'écho de leurs voix s'éloignait au fur et à mesure, puis disparut définitivement. Après cinq minutes d'attente, James et Lily bougèrent enfin de leur cachette.
- Qu'est ce qu... ? commença Lily, bouche bée.
- Je sais où on sera en sécurité, coupa brusquement James. Dans la Salle du Cyclope. Mais c'est à l'autre bout du Château.
