James était là, complètement déboussolé, assis sur son lit, la tête dans ses mains, à penser à un tas de trucs, dont le fait qu'il avait seize ans et qu'il craignait déjà pour sa vie.
Lentement, il releva sa tête. Son regard tomba sur Remus, qui était quant à lui assis par terre, contre son lit. Il avait aussi les yeux dans le vague, et comme tout un chacun semblait préoccupé. Sirius était parti se noyer sous la douche, et Peter était excité comme jamais. Il fouillait son armoire de fond en comble, sortait des pulls, des fioles, courait dans toute la chambre, s'arrêta brusquement, sembla s'illuminer...
- James ? s'exclama-t-il soudainement. Elle est où ta cape d'invisibilité ?
- Je ne suis pas sur que ce soit le moment d'aller marauder, Pete, répondit le jeune homme d'une manière hachée, sortant lentement de sa transe.
- C'est pour savoir ce qu'il se passe, hein ! s'écria-t-il, toujours aussi enthousiaste.
- Tu parles d'espionner ? demanda doucement James, en se relevant tout aussi lentement.
- Bien sur ! J'aurais cru que tu serais le premier à y aller, mon pote !
- Evidemment. Ca pourrait nous aider. Je suis toute ouïe, Pete. Tu viens, Remus ?
Ce dernier cligna les yeux et secoua vivement la tête.
- Je vais voir Lena, expliqua-t-il dans un souffle. Venez nous rejoindre après, il suffit de feinter pour monter les escaliers enchantés. Il se leva, et quitta rapidement le dortoir.
- Ca y est ! Il a une petite amie, et on ne fait plus partie de sa vie ! s'écria tragiquement Peter, une main sur le c½ur. Bon, reprit-il, un peu gêné de s'être laissé emporter, on attend Sirius et on y va.
- Tiens ? Qui ça peut être ? demanda Tina et se dirigeant vers la porte. Remus ? s'exclama-t-elle après deux secondes, comment est-ce que tu...
- Facile, répondit vaguement le jeune homme. Lena ! s'exclama-t-il en la voyant, tu vas bien ? demanda-t-il une fois qu'elle s'était blottie contre lui.
- Oui, je vais bien, murmura-t-elle, collée contre le corps du garçon. Et toi ?
- Pareil, répondit-il en soupirant de soulagement. Sous l'½il interrogateur des autres filles, il se détacha légèrement de Lena et leur expliqua en deux phrases ce que ses amis étaient en train de faire.
- On a plus qu'à attendre, conclut Lily avec une petite voix.
- Il faut que vous fassiez extrêmement attention, répéta Sirius. Ne vous faites pas prendre. N'oubliez rien. Rendez-vous dans une heure maximum dans le dortoir des filles. Je vais rejoindre Remus, termina-t-il, la mine grave.
- Tout se passera bien, promit James, l'air atrocement sérieux. Il rabattit sa cape sur Peter et lui, attendit que Sirius ait ouvert la porte, et sortit de la chambre sans un bruit. Enfin, c'est ce que son meilleur ami supposait. Ils étaient devenus tellement experts en discrétion que même entre eux ils ne se remarquaient pas.
Sirius était d'une humeur sombre. Toute la tranquillité qu'il avait acquis s'était évaporée en une seule seconde. Un assassin ou même plus rodaient dans Poudlard. Cela pouvait être n'importe qui. A quelques exceptions près. Il s'efforça de penser à autre chose. S'il laissait son cerveau envisager toutes les hypothèses, cela signerait la fin de Poudlard. Et ça, il ne pouvait pas l'accepter. Impossible.
- Les couloirs sont glauques, j'ai l'impression, chuchota Peter aussi bas que possible.
- C'est ton imagination, répondit James sur le même ton.
D'un pas rapide, ils se dirigeaient vers la salle des professeurs. James avait observé sa carte et tous les professeurs y étaient présents, Dumbledore compris.
La question était de savoir comment y entrer sans se faire repérer. Il avait entendu parler d'un Auror qui avait la capacité de voir dans la matière, un certain Fol-Oeil. Et si Dumbledore en était aussi capable ? pensait James, mal assuré. Depuis ce matin, il se sentait mal. Quelqu'un était caché à Poudlard, et voulait sa fin. Il ne pouvait pas croire à un règlement de compte. Ce garçon était presque totalement insignifiant ! Même les Serpentard n'avaient jamais remarqué son existence...
- On y est, dit Peter, inutilement.
Quelques mots filtraient par delà le mur de pierre.
« Couvre feu, mesures de sécurité... »
« Vous plaisantez ! s'exclama une voix bourrue, appartenant à Hagrid. Il faut faire un relevé de toutes les baguettes, de tout le monde, et vérifier si l'une d'entre elle a lancé le sortilège de la mort ! »
« Vous avez raison, Hagrid, répondit une femme, que James identifia comme le Professeur Mc Gonnagal, et je suis persuadée que le Directeur vous approuve totalement. »
- Viens, partons, murmura James à l'adresse de Peter. On sait tout ce qu'il faut savoir !
Alors qu'ils se dirigeaient à toute vitesse vers leur Salle Commune, la voix de Dumbledore amplifiée magiquement annonça, dans l'école entière :
« Tous les élèves de toutes les Maisons sont priés de descendre dans leurs Salles Commune respectives. Vos Directeurs de Maisons vont tous vous conduire dans la Grande Salle pour quelques vérifications. Toute absence sera considérée comme inquiétante. »
- Vite, vite ! murmura furieusement Peter, qui s'était mis à courir, à présent, on va arriver en retard !
Lily avait mal aux doigts. Elle serrait sa baguette comme une forcenée. Et si quelqu'un lui avait volé sa baguette pour jeter le sort, hein ? Elle lançait des regards inquiets à ses amies qui étaient alignées à côté d'elle.
Les tables de la Grande Salle s'étaient brusquement mises contre les murs, quand le Directeur avait ouvert la porte avec force. Lily avait compté les élèves de Gryffondor, et aucun n'était absent. Elle connaissait au moins tout le monde de vue, étant la Préfète, avec Remus. Lily avait peur. Elle avait peur que quelqu'un soit accusé, alors qu'on lui avait volé sa baguette, par exemple.
Dans la Grande Salle régnait un silence de mort. Dumbledore toussa. Il demanda aux Directeurs de Maisons si un ou plusieurs élèves n'étaient pas présent.
Mrs Chourave, Directrice de Pouffsouffle, toute vêtue de noir, répondit que non. Le Professeur Mc Gonnagal, leur Directrice de Maison, secoua la tête d'un air pincé. O'Connor, le respecté Directeur des Serpentard, annonça que tous ses élèves étaient présents. Et finalement, le Professeur Flitwick, tremblant comme une feuille, lâcha de sa petite voix couinante que deux de ses élèves avaient disparu. Deux garçons de Cinquième Année, Radoslav Recnik et Daniel Chauvey, tous deux très studieux et sans histoires, jusqu'à aujourd'hui. Ils n'étaient pas venus en cours, et personne ne les avait vus depuis la veille, où ils s'était comportés tout à fait normalement.
Un brouhaha s'éleva dans la Salle. Lily était pétrifiée. Elle déglutit plusieurs fois, blême, et desserra sa prise sur sa baguette.
Dumbledore cria : « Silence ! » et son v½u fut exaucé. Plus calmement, il pria les Directeurs de Maisons de procéder à l'analyse complète des baguettes. Après une demi-heure, on en vînt à la conclusion que plusieurs élèves avaient pratiqué des sorts étranges, voir dangereux, mais aucun n'avait lancé un sortilège de Mort. Soucieux, Dumbledore quitta la Grande Salle et ordonna à ses Professeurs de surveiller leurs élèves. Soudain, quelqu'un tira Lily en arrière. C'était Betty. Elle lui glissa un mot à l'oreille, et l'entraîna vers les Maraudeurs, qui formaient un cercle. James avait sorti sa Carte, et l'observait très attentivement, caché des autres élèves par ses amis.
- Ils ne sont plus dans l'école, annonça-t-il. A moins qu'ils soient dans la Salle sur Demande, incartable...
- Et qu'est ce que tu penses de l'idée d'agrandir ta cape ?
- Du calme, Lily, chuchota Lena. T'as ta voix des mauvais jours.
- Et parce que tu crois que c'est une bonne journée ? s'exclama vivement la jeune rousse. Un garçon est mort, je te signale !!! Et les deux suspects sont peut-être dans cette salle ! On a pas l'air déments à passer devant trois fois de suite en pensant trouver la pièce où ils sont histoire de les choper bien héroïquement !
- C'est une bonne idée, de l'agrandir, annonça Peter, dans ses petits souliers.
- Ecoute, Lily. Tu ferais bien de rester tranquille. Comment veux-tu qu'on soit discrets si ta voix avoisine les cris hystériques ? demanda Sirius tout en s'éloignant de Lily qui lui lançait des regards noirs.
- Taisez-vous. Vous voyez bien qu'il n'y a pas moyen d'entrer dans cette salle ? On a pensé à plein de trucs, mais on a aucune idée de ce qu'ils fabriquent là-dedans ! Alors on rentre gentiment au dortoir, et arrêtez de vous disputer à propos de cette stupide cape ! déballa Remus, d'apparence calme quoi qu'un peu plus à cran que d'habitude.
- Je vais dire quelque chose de stupide, mais ma cape ne l'est pas, fit James, un peu blessé dans son orgueil.
Betty, un peu en retrait, ouvrit la bouche, et parla. C'était la première fois depuis qu'elle avait parlé de fuir.
- Je trouve ça assez dément que vous arriviez à parler et à plaisanter alors que notre vie au Château a basculé...
Les autres se regardèrent, crispés.
- Je pense que c'est une façon de faire pour ne pas se laisser abattre, Betty, dit Tina en s'approchant de son amie. Elle lui mit une main sur l'épaule en signe de réconfort. Tu marches avec nous ? demanda-t-elle.
- Ouais.
Toujours Cillian Murphy.


