Et elle avait vu Lena monter dans son dortoir.
Un coup d'oeil à Remus lui montra qu'il était blessé. Comment cela se pouvait-il ?
Lily Evans était assise à côté de Remus en classe, deux semaines après.
Il ne s'était rien passé d'extraordinaire, seulement Lena qui s'éloignait et qui ne disait rien. Pas à Remus, en tous cas. Elle parlait normalement avec les autres, mais prétextait des bêtises pour s'en aller quand il arrivait.
Quelle ambiance...
En plus, de nouvelles attaques avaient perturbé le monde magique. Nouveaux attentats, mais cette fois sans dégâts. Il y avait des rumeurs, les plus sérieuses jusqu'aux plus folles. Ce n'étaient que des spéculations.
Lily avait des nouvelles de sa famille, plutôt bonnes. Tout ce passait bien à la maison, mais ses parents étaient tristes qu'elle ne sache pas si elle venait à la maison à Noël. Faut dire aussi qu'il y avait le Bal, et qu'ils risqueraient de tous bien s'amuser... Et non, elle n'aurait aucun cavalier ! Même si à son plus grand étonnement, il y en avait eu déjà quelques demandes... C'était pour dans un peu plus d'un mois, ils avaient le temps. D'ailleurs, elle se demandait bien avec qui les autres iraient...
- Miss Evans, cessez de rêvasser ! la sermonna son professeur de Métamorphose, veuillez répétez ce que j'ai dit, s'il vous plait.
- Le sortilège de Disparition est très complexe c'est pourquoi nous allons revoir celui d'Apparition, beaucoup plus simple, qui vous nécessitait beaucoup de concentration et d'exercices malgré tout. Faites-le en silence, s'il vous plait, récita timidement Lily.
Mc Gonagall sourit: « Je vous donne cinq points pour la peine, Miss. »
- Merci madame.
- Eh, glissa-t-elle discrètement à Remus une fois que le Professeur eut tourné le dos, en réfléchissant à ce qu'elle pourrait lui raconter d'intelligent, tu te souviens comment on fait ? lui demanda-t-elle finalement, misérable, sachant très bien comment on faisait et sachant aussi que Remus savait qu'elle savait et que...
- Tu as oublié ? lui demanda-t-il, pas plus étonné que ça. Un pli soucieux barrait son front, comme à l'accoutumée, à présent.
Hochement de tête. Il lui expliqua. Re-hochement de tête.
Elle s'apprêtait à lui poser une question cruciale (elle avait réfléchi pendant tout le cours à comment bien tourner sa phrase pour que ça ne fasse pas trop curieux ni trop théâtral, bref) quand la cloche sonna, l'interrompant dans son élan.
Il se dirigeait vers l'Etude de Runes. Avec Lena...
Elle aurait donné beaucoup pour pouvoir se glisser discrètement entre eux deux, histoire de savoir ce qu'ils pouvaient se raconter de beau, mais espionner, c'était mal.
Voilà. Il était devant cette foutue classe de Runes. La dernière fois, il n'y avait pas eu cours. Et la fois d'avant, il était à l'infirmerie pour se remettre de ce-que-vous-savez.
Bon, on tente le coup, on regarde discrètement par la porte. Pas de Professeur. Mais Lena par contre était déjà là.
D'habitude, ils s'asseyaient à côté. Il devait aller à côté d'elle, ou pas ?
Faire comme d'habitude, ou...
Trop tard. Il s'était avancé contre sa volonté jusqu'à leur banc et avait timidement demandé s'il pouvait s'asseoir. Hochement de tête.
Okay. C'est normal. Respire un bon coup et sors tes notes, le Professeur est arrivé.
Coup d'oeil à Lena. Rien. Elle écrit, la tête baisée.
Re-coup d'oeil à Lena. Encore tête baissée.
Il allait finir par se faire remarquer de Mr Stravenski s'il continuait de la dévisager, comme ça. En plus elle était gênée. Garde tes yeux chez toi mon pauvre !
Bon. Ca faisait cinq minutes que le cours avait commencé. Le temps passait rudement lentement, sacre bleu ! Concentre-toi et écoute ce que le Professeur raconte !
Il prenait des notes par automatisme. Il n'écoutait pas et griffonnait sur son parchemin.
Tant pis, il piquerait celles de Lena. Bah oui ! Comme si elle allait les lui passer comme si de rien n'était ! Quand une idée lui vint. Après tout... Ca ne lui coûterait rien d'essayer... La prochaine fois...
- Dis moi que tu es d'accord ! S'il te plait !
- C'est hors de question. Tu plaisantes, ou quoi ? Comme si j'allais obliger ma meilleure amie à aller un rendez-vous où je n'irai pas pour que tu puisses y aller...
- C'est pour la bonne cause, Tina. Dis oui.
Remus la regardait avec un air de chien battu. Il avait l'air vraiment triste.
Tina commençait à en avoir marre de cette mascarade débile et terriblement consternante à l'eau de rose.
Elle se fendit d'un grand sourire et écouta le plan de son loupiot-chou.
- On pourrait écrire un livre, franchement, dit soudainement Betty qui s'entraînait à faire disparaître des bonbons.
- A quel propos ? demanda Sirius qui lisait un manuel de Métamorphose pour son devoir.
- Comment réussir à déprimer comme des imbéciles en amour. Enfin, un truc dans le genre.
Peter éclata de rire, suivi de James.
- Hum, fit Sirius qui trouvait la réaction de ses amis exagérée. On pourrait en souffler un mot à Rem' et Len'.
- Mais non, bêta. On écrirait ça dans leur dos et on se ferait un max d'argent, expliqua Betty qui essayait vainement de réussir sa Métamorphose.
- Tu es sérieuse ? s'exclama Sirius qui ferma son livre d'un coup sec.
- Bien sur que non ! Pfff, pouffa Betty.
Lena frissonnait. Elle était assise sur un banc, dehors. L'eau du lac ondulait sous la poussée du vent. Il pleuvait. Elle ramena sa capuche sur sa tête.
Il faisait froid. Elle risquait d'attraper la mort. Elle ria jaune à cette pensée. Attraper la Mort...
Le ciel vomissait de l'eau, l'air était électrique. On était même pas à la mi-novembre et il faisait déjà sombre à seize heures. La météo était déprimante.
Les cours étaient déprimants. Elle était déprimante. Lena passait son temps à s'apitoyer sur son sort. Et quel sort ! Ca devenait carrément débile ! Elle devait ennuyer méchamment ses amies à force de se replier sur elle même. Elle voulait rire, chanter, danser. Ne plus se taire, ne plus avoir le cafard. Si seulement rien ne s'était passé. Si seulement...
Lily secoua la tête. Ca faisait dix minutes qu'elle avait arrêté de travailler. Dix minutes qu'elle regardait Remus qui faisait semblant de lire.
- Remus ?
- Mmh ?
- Ca fait dix minutes que tu fixes cette page sans la lire. Tu penses à quoi ? Un truc qui te contrarie ?
- Non. Remus ferma son livre. Ca va.
Il se leva et sortit de la Salle Commune pour « s'aérer. »
Il s'approcha de Lena, posa sa main sur son épaule, délicatement. Elle sursauta, et se retourna vivement, en colère d'avoir été dérangée dans ses si nobles réflexions. Elle haussa un sourcil en voyant Remus et son visage forma un masque impassible.
- Salut, fit Remus. Je peux m'asseoir ?
Lena hocha la tête.
- Salut, réussit-elle à articuler brillamment.
Remus regarda le lac sans rien dire, fixant un point précis dans l'eau, laissant Lena se demander de quoi il retournait.
- Tu as reçu mes lettres ? demanda-t-il, enfin.
Elle se tourna vers lui, une expression étonnée sur le visage.
- Non. Je n'ai pas reçu tes lettres.
- Après tout, c'est normal. Je ne te les ai pas envoyées. Quel con. Tiens.
Il lui tendait un paquet de lettres. Lena hésitait à les prendre. Allez ! cria une petite voix dans sa tête.
Elle ouvrit l'enveloppe, lentement, et la mit dans son sac. Elle déplia sa missive et commença à lire.
Lena,
Je tiens à m'excuser si je t'ai fait du mal. Ce n'était pas voulu. Je me suis éloigné un moment pour réfléchir à ma vie, à ce qu'il se passait, à ce que je devais faire. Il y a eu une erreur. Tu as cru que je m'éloignais de toi parce que je ne t'aimais pas, c'est ça ? Tu pensais que je ne voulais plus jamais te voir ?
Et cette boite que je t'ai donnée. Toutes ces photos, ces dessins. De nous, ensemble.
J'ai voulu partir. M'en aller, pour toujours. J'ai eu peur de ce que j'ai ressenti.
Peur que tu ne veuilles plus jamais me parler. Je ne vais pas te sortir le couplet « tu ne me mérites pas » parce que je sais que tu l'as en horreur. J'ai réfléchi, et j'ai eu une réaction stupide. J'aurais du rester auprès de toi, mais je n'ai pas pu. Je te l'ai déjà dit, j'avais besoin de m'éloigner un moment.
Alors excuse-moi.
Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour me faire pardonner.
Remus.
Lena déglutit et ouvrit l'autre lettre. C'était un dessin, d'eux. Rien qu'eux deux. Ils riaient, assis à la bibliothèque, et paraissaient très complices. Ses cheveux étaient défaits et semblaient voler. Ses yeux pétillaient et elle semblait plus heureuse que jamais. Remus aussi. Il avait une expression de tranquillité absolue sur le visage, comme si la vie s'était arrêtée ce fameux soir de pleine lune pour reprendre le lendemain matin. Remus l'avait dessiné de sa main, comme s'il avait été extérieur à la scène.
Ils s'aimaient. Non mais sincèrement... On a pas idée de faire des scènes pareilles pour des conneries d'alchimie et de coeur qui palpite plus fort que d'habitude, des éclats dans les yeux et...
Elle enfouit son nez dans le cou de Remus, et se dit qu'a cet instant, elle aurait pu mourir de honte tellement elle trouvait ça imbécile et misérable.
- Tu as raison, fit James, en chuchotant. C'est digne d'un pauvre film sentimental. N'importe quoi. Ils deviennent ridicules.
- Ooooh, James, ne sois pas jaloux, minauda Sirius. Nous savons très bien que tu rêves de Lily enfouissant sa tête dans le creux de ton épaule, après avoir vu un magnifique dessin de vous deux qui lui prouve que vous vous aimez depuis toujours et à jamais.
- Ferme-là ! s'exclama James en éclatant de rire malgré lui.
- Chut ! fit Peter, ils vont finir par nous remarquer ! Remus nous a déjà sûrement entendus avec son ouïe exceptionnelle. Partons ! En évitant que la cape glisse...
- Enfin, Peter ! Ne trouves-tu pas cela merveilleux ? se moquait Sirius.
Peter ignora la question. « Venez, on va le raconter aux filles. Elles vont devenir dingues. »
Ils sourient jusqu'aux tempes, heureux que tout se soit presque arrangé. Remus s'était fait prendre à son propre piège...
Betty se coiffait. Tout était rentré dans l'ordre. Enfin. Lena souriait de nouveau, Remus aussi, et ils avaient toujours les joues roses depuis cette après-midi.
Elle sourit en repensant à Lily qui avait failli s'étouffer d'indignation quand Sirius leur avait appris qu'ils avaient espionné leurs deux amis d'imbéciles heureux.
Mais Betty s'inquiétait. Elle avait entendu plus d'une fois, depuis septembre, des ragots sur Lena véhiculés par des pauvres jalouses de n'importe quelle Maison. Sauf Serpentard, évidemment. Il fallait avouer que Remus avait pas mal de succès auprès de la gente féminine de Poudlard même s'il n'avait pas l'air de s'en rendre compte.
Elle devait prévenir Lena, au cas où.
- Alors, ça va mieux, vous deux ? demanda innocemment Tina, à table, le soir-même. Elle sourit devant la mine rose et gênée du futur petit couple.
Lena et Remus marmonnèrent en même temps quelque chose d'inaudible, ce qui attira des sourires mutins de part et d'autre.
Quelqu'un hurla.
Les élèves présents dans la Grande Salle se tournèrent vers l'origine du cri comme un seul homme et après quelques secondes de surprise, les éclats de rires fusèrent.
Une jeune fille de Serdaigle, Rose-Mary Colomb, qui était attablée à la même hauteur que les Maraudeurs, lança à James : « C'est extraordinaire ! Rappelez-moi de ne jamais faire partie de vos ennemis ! » Et elle éclata aussi de rire après s'être vainement retenue.
Lily réprimait un rire, en secouant ses longs cheveux roux en signe de dénégation. La bande des Serpentards qui les avaient attaqués il y a près de trois semaines, s'étaient transformés en...
- Des grand-mères ! Des furets ! Des lutins ! Des clowns ! Des hommes éléphants ! Et j'en passe ! s'exclama Justin McDonald, un des batteurs de Gryffondor assis à côté de Peter. Il riait à s'étouffer et des larmes perlaient à ses yeux.
- Regardez Zabini ! articula Lena qui riait sans pouvoir s'arrêter, essoufflée. Regardez-le !
Zabini s'était transformé en monstre. Seul son uniforme où son nom était cousu permettait de l'identifier. Son visage n'était qu'un amas de chair putréfiée de cadavre, tandis qu'il n'avait plus un seul cheveu et que ses oreilles étaient longues, pendantes, et dégoulinantes de pus.
Tina regardait McNair, se moquant ouvertement de lui, avec Sirius. Il avait une tête de furet. De furet !! Habillé en grand-mère ! Betty, elle, riait avec Peter du garçon qui s'était fait métamorphoser en fac-similé d'hippopotame, tandis que Lily pleurait de rire, et que James recrachait son porridge, s'étranglant encore plus devant la tête de Rogue qui regardait tout ça avec une certaine répulsion, alors que Remus frappait ta table de son poing, en proie à un fou rire interminable.
Les autres garçons étaient transformés en divers personnages de foires, honteux, se dirigèrent à grands cris vers leur Tour, pour, sans doute, récupérer le peu de dignité qui leur restait. Il n'en restait pas.
Après un grand sermon de leur Directrice de Maison, qui ne pouvait malheureusement rien prouver, la joyeuse bande des Maraudeurs, accompagnés des filles, se dirigèrent avec allégresse vers leur Salle Commune, riant et criant comme des fous, pour participer à la petite fête improvisée organisée en leur honneur. Mais tout cela devait rester top secret, évidemment.
Et puis, il restait les asticots et les cafards...


