Chapitre 21 - Voilà !

- C'est notre petit pote Potter avec sa petite bande de dégénérés, lança hargneusement Nott, un colocataire à McNair et Zabini.
- Hum, Nott, tu tiens toi aussi à te faire défigurer ? railla Lily, assez fort, pour que les élèves présents dans le couloir puissent assister à l'échange.
- Alors ça ! s'exclama à son tour Sirius. Ne serait-ce pas ce cher Zabini ?
Te cache pas, vieux. Lena ne te cassera pas ton nez ou tes dents une deuxième fois, elle se contentera juste de te briser un membre...
- Ferme la, Black ! se mit à crier McNair. Viens montrer ta force seul sans tes petits copains au lieu de te cacher dans leurs jupes !
Sirius éclata de rire. Il tomba au sol.
- James, articula-t-il, prends la relève, cet imbécile m'a cloué au sol avec ses conneries.
Remus souriait. Tout se passait comme prévu. Il sortit sa baguette et commença l'incantation.
- T'es en train de le faire ? demanda Tina.
Remus hocha la tête.
- A mon tour, sourit-elle. Eh ! Toi là-bas ! Oui, toi ! s'exclama-t-elle en voyant Zabini lever la tête. Viens un peu qu'on discute comme des gens civilisés.

- Connasse de Sang de Bourbe ! Comment oses-tu m'adresser la parole ?
- Quel vocabulaire, Nott ! Fréquenterais-tu les charretiers pour parler comme eux ? ricana Lily. Tu dois faire honte à ton sang pur, parler ainsi ! Je ne pensais pas que quelqu'un d'une telle envergure oserait discuter avec quelqu'un comme moi ! Une fille de Moldus, voyez vous ça !
Avant que Nott puisse ouvrir la bouche, Lily lui lança un sort d'entrave. Et de un !
- C'est bon, Remus, tu peux t'en occuper.
- Merci, sourit ce dernier en clignant de l'oeil.

Lena restait en retrait. Elle ne tenait pas à frapper quelqu'un d'autre et se mettre à pleurer après comme une pauvre crétine. Dire que Remus était venu à la rescousse et qu'il avait assisté à ça... Soudainement, une image précise vint à elle. Un Bernard L'Ermite, dans sa coquille. Avec sa tête. La sienne. Elle grimaça.


Peter regardait Betty tenir en respect deux Serpentards. Il ne les connaissait pas.
Ses cheveux tressés volaient autour de son visage quand soudain un troisième gars vint les lui arracher.
- Enfoiré ! jura Betty. Lâche moi immédiatement avant que...
- Avant que quoi ? ricana le garçon. Tu vas appeler les Professeurs ?
- Avant que je ne vienne t'éclater ta tronche pleine de boutons ! Lâche-la ! s'exclama Peter dans une rage soudaine. Il avait dégainé sa baguette, et il ne tremblait pas.
James s'arrêta de se battre, stupéfait. Sirius, toujours au sol, avait brusquement arrêté de rire. Seul Remus persistait à terminer son sortilège.
- Peter ? Qu'est ce que tu fais ? demandèrent Tina, Lily et Lena simultanément.
BOUM !
Betty cligna les yeux, cinq fois. Le garçon qui lui tenait les cheveux était dans un sale état. Il s'était enfoncé dans le mur, évanoui. Ses bras formaient des drôles d'angles, ses os étaient brisés. De la poussière, ou du plâtre lui recouvrait le corps. Un filet de sang coulait de sa bouche.
- Il est mort ? demanda bêtement un Serpentard qui avait lâché Betty.
- Bien sur que non, abruti ! s'exclama Lena.
Derrière elle, une vingtaine d'élèves s'étaient regroupés, regardant le spectacle.
- Laissez moi passer ! s'exclama un Professeur.
- Merde ! Mc Gonagall ! chuchota Sirius qui se leva, s'époussetant.
- Que s'est-il passé, ici ? se mit à crier le Professeur.
- En fait, voilà... , commença Lily.
- Ce sont les Serpentards qui..., fit James.
- Ils nous ont provoqués, et..., dit Sirius.
- Alors on s'est défendus ! continua Betty.
- Même qu'ils nous insultaient, alors bon..., dit Lena.
- Ils se sont mis à quatre contre moi, Madame ! s'exclama Tina.
- Vous ! rugit Mc Gonagall. Tous autant que vous êtes ! A l'infirmerie ! Je vais immédiatement chercher votre Directeur de Maison et le Professeur Dumbledore ! Ne bougez surtout pas ! Et il y aura un réunion spéciale de Préfets ! s'exclama Mc Gonagall, outrée du comportement de ses élèves et encore plus de ses deux Préfets. Allez !

Les Gryffondors étaient groupés, tandis que Mrs Pomfresh s'occupait des Serpentards, plus sérieusement blessés.
Peter ne disait rien. Betty le regardait avec des yeux ronds.
- Excuse-moi, Peter, mais, quel sortilège as-tu utilisé ? demanda timidement Lena.
- Je... ne sais plus, mentit Peter, en regardant le sol.
- On te croit, Pete, fit Remus, en lui tapotant l'épaule.
- C'était spectaculaire, j'avoue, dit Sirius, sur le ton de la conversation. Vous êtes de vraies furies, les filles, c'est bien, continua-t-il en souriant. Tu montes vraiment dans mon estime, Tina. Déjà que tu étais très élevée... Mais Pete, je te félicite ! Bravo, mon vieux !
- Sirius, menaça Lily, tais-toi. Tu trouves ça marrant ! On va peut-être perdre nos badges de Préfets, Remus et moi, et on va peut-être être tous renvoyés ! Alors, tais-toi, s'il te plait, termina-t-elle en grimaçant.
- Qu'est ce que tu as ? demanda James, qui tenait un glaçon sur son oeil droit, coquard oblige.
- Je pense que j'ai les phalanges brisées.
- Ce n'est rien, Pomfresh va s'occuper de nous, dit Tina qui avait la lèvre fendue et le nez qui saignait.
Lena toussa.
- Pourquoi tu ne t'es pas battue ? lui demanda Betty qui tenait entre ses mains une mèche de cheveux du garçon qui avait tenté de lui arracher ses tresses.
- Tu rigoles ? s'exclama Lena tout bas. J'étais en train de m'amuser avec eux discrètement. Ils ne se sont rendus compte de rien ! Elle sourit, fière.
- Jésus ! marmonna Peter. Le Directeur !
Les Gryffondors se recroquevillèrent. Mais Dumbledore souriait.
- Veuillez m'expliquer ce qu'il s'est passé, exactement.
En voyant que ses amis ne réagissaient pas, Lily prit la parole.
- Nous rentrions dans notre Salle Commune, après le feu d'artifice, quand nous avons croisé les Serpentards, ceux-là, les désigna-t-elle du menton.
Ils ont crié à James quelque chose d'insultant, et Sirius leur a répondu je ne sais plus quoi. C'est là que la bagarre a commencé.
- Je vois, fit pensivement leur Directeur, en les regardant par dessus ses lunettes en demi-lunes. Bien, jeunes gens. Je laisse le choix des sanctions à votre Directrice de Maison, le Professeur Mc Gonagall, mais j'essayerai de parler en votre faveur. Mais je reste neutre, évidemment ! précisa-t-il avec un clin d'oeil malicieux à l'intention de Tina qui ouvrait la bouche d'indignation : « Un Directeur doit rester impartial, même si je n'aime pas les Serpentards ! »


- Et voilà comment ça s'est passé, termina Sirius aux élèves curieux qui les attendaient dans la Salle Commune.
- Et vos sanctions ? demanda Bertha Jopkins, une fillette de Deuxième Année.
- Nous avons perdu quinze points, grimaça Remus. Chacun.
- Oh ! s'exclamèrent les Elèves.
- Et comment comptez vous faire pour les récupérer ? gronda quelqu'un dans la petite foule.
- Comme d'habitude, dit James, se demandant qui parlait.
- D'habitude, vous en faites perdre plus que vous en faites gagner ! s'exclama la même personne, cachée par les gens.
- Tu nous traites d'égoïstes, c'est ça ? demanda Peter, qui avait l'air en colère. Je me demande bien comment tu réagirais, si une quinzaine de Serpentards qui te détestent et nous réciproquement te prennent d'assaut au beau milieu d'un couloir ! Non mais vraiment !
- Eh, c'est bon, Pettigrow ! Te fâche pas ! Je ne vous ai jamais traités d'égoïstes et si c'est ce qui t'a semblé, excuse moi.
Serena Mendes venait d'apparaître devant lui.
- Désolé, bafouilla Peter. Je ne sais pas ce qu'il m'arrive, ce soir, tenta-t-il de s'expliquer.
- La prochaine fois, appelez-moi, je pourrais vous prêter main forte, plaisanta Serena, je n'ai rien contre une petite bagarre, surtout pas pour remettre ces Serpentards à leur place !
- Bien sur, Serena ! dit Peter, qui avait repris des couleurs. Devant l'air étonné de ses amis, il expliqua : « C'est la cousine d'un de mes cousins. »


- Retenues tous les samedis soirs pendant deux mois ! C'est vicieux, ça ! s'exclama Tina qui se laissa tomber sur son lit, épuisée.
- Et plus de sorties à Pré-Au-Lard, c'est ça le pire ! geignit Betty assise sur son lit.
- Bah, fit Lily, tant que ce n'est pas pendant toute l'année. De toutes façons, les sorties jusqu'en décembre ont toutes été annulées, à cause des possibles attaques visant Poudlard à travers le village. C'est marrant, Mc Gonagall savait que je le savais, vu que je suis Préfète, mais elle nous a quand même punis. Pour du faux, sourit-elle. Elle est chouette, quand même, elle nous aime bien.
- Et tu n'as pas perdu ton badge de Préfète. Ni Remus ! s'exclama Lena. Tant mieux, d'ailleurs ! Bon, je vais prendre une douche !
- Ah, au fait, reprit-elle en rebroussant chemin, je pensais que c'était ce soir, le jour J.
- On a décidé que finalement on fera ça à notre guise. Le mieux, c'est de pas faire tout en même temps, expliqua Lily.
- Ca sera beaucoup mieux que prévu, finalement, sourit Tina d'un air animal.
- Ouais. Ils verront. Oh, ça, ouais, y'aura du spectacle, dit Betty d'un air qui ne présageait rien de bon.
Chapitre 21 - Voilà !

# Posté le samedi 13 mai 2006 06:09

Modifié le samedi 23 décembre 2006 09:28

Chapitre 22 - Coeur de Lion

« La révolte des Créatures des Eaux en 1674 prit fin avec un millier de morts.
Une guerre se déclara, car, en effet, les créatures voulaient un peu plus de respect de la part des humains, qui eux les considéraient comme des hybrides de bas étage ne possédant pas l'intelligence supérieure, dite humaine. »
« Des hybrides de bas étage ne possédant pas l'intelligence supérieure, dite humaine. »

Lena poussa son livre. Elle venait de relire la même phrase cinq fois.
Une énorme migraine lui martelait le crâne. Elle posa sa plume.
Elle pressa ses paumes sur ses yeux, comme pour les empêcher de sortir de leurs orbites. Son oeil gauche pleurait. Elle avait le vertige.
- Je t'ai dit quelque chose de méchant ? lui demanda Sirius d'un drôle d'air, de l'autre coté de la table.
Lena ne répondit pas. Elle respirait difficilement et tenait toujours ses deux paumes collées sur sa figure.
- Tu as l'air fatiguée, lui dit James. Tu devrais peut-être te coucher.
Mais elle ne bougeait toujours pas.
Remus se leva et s'approcha d'elle, doucement.
- Je vais t'accompagner à ton dortoir, d'accord ? lui dit-il d'une voix tendre.
- Tu ne peux pas, Remi, grimaça Sirius, n'oublie pas qu'une alarme se déclenche et qu'un toboggan te fait gentiment descendre sur le cul...
- Ca va, murmura faiblement Lena. Je... vais aller me coucher.
Elle s'appuya sur la table, pour se lever, difficilement, tandis qu'une douleur insupportable lui vrillait les tempes. Debout, elle fit un pas, les jambes tremblantes, puis un autre, et s'écrasa lourdement au sol.
Elle ouvrit difficilement un oeil, puis l'autre. La lumière l'aveugla. Elle plissa les yeux et vit trois têtes masculines penchées sur elle.
- On va te conduire à l'infirmerie, lui disait une voix lointaine, tandis que les lèvres de Sirius bougeaient.
- Non... non, protesta faiblement Lena, je veux pas...
- Sans discutions, petite Lena, tu es malade.
Lena avait le teint livide. Sa respiration sifflait.
- S'il vous plait... Je ne veux pas aller là-bas... C'est maudit...
James fronça les sourcils.
- Qu'est ce qu'elle a dit ?
- Que c'était des brocolis ? supposa stupidement Sirius.
- C'est maudit, répondit Remus. Il s'accroupit à coté de Lena, et tâta son pouls.
- Qu'est ce qu'on fait, alors ? demanda James, inquiet.
Sirius ne répondit pas. Il regardait la poitrine de Lena qui se soulevait irrégulièrement. En sentant le regard de Remus, il rougit et bafouilla des excuses incompréhensibles.
- On devrait peut-être la porter à notre dortoir ? hasarda James. On ne peut pas l'obliger à aller à l'infirmerie.
Sirius et Remus acquiescèrent.

- Mais c'est le lit de Peter ! chuchota une voix.
- Tant pis, il prendra le mien, répondit calmement quelqu'un d'autre.
- Mais Rémi, tu dormiras où, toi ? murmura une troisième personne.
Remus ne répondit pas. Il enleva les chaussures de Lena, et ses chaussettes. Se rappelant soudainement que dans ce genre de circonstances, il fallait ouvrir les cols et les ceintures pour permettre aux personnes inconscientes de respirer, il se mit à rougir stupidement. Rien qu'a l'idée de...
- Qu'est ce que tu fais ? murmura James, étonné.
- Il profite de la vue tant qu'elle est évanouie, ce petit voyeur, pouffa doucement Sirius.
- Taisez-vous ! marmonna Remus à voix basse. Ouvrez un peu la fenêtre et apportez moi des serviettes froides et humides.

Lena poussa un soupir douloureux. Elle eut un hoquet de douleur tandis que quelque chose de froid se posa sur son front et se mit à grogner quelque chose.
- Qu'est ce qu'elle essaye de dire ? demanda Sirius qui fouillant dans ses affaires.
- Je ne sais pas, répondit Remus qui enlevait doucement les cheveux collants du front de Lena. Ses joues le brûlaient.
- Sirius, qu'est ce que tu fous ? chuchota James qui marchait en rond dans la pièce.
- Je cherche un grand t-shirt léger, qu'elle puisse le mettre. Elle doit crever de chaud dans l'uniforme. En voyant James lui lancer un drôle de coup d'oeil, il précisa : « Elle le mettra toute seule, évidemment. »
- On doit aller chercher Mc Gonagall, dit James, qui semblait réfléchir. Elle saura quoi faire. Je pense qu'elle saura où trouver l'infirmière.
- Tu sais où se trouve Mc Gonagall ? demanda Remus en fronçant les sourcils.
- A son bureau, il n'est que vingt heures.
- Je viens avec toi, dit Sirius.

Remus était perdu. Il savait que ce qu'il faisait était un bon début, mais pas pour quelqu'un qui semblait dormir et ne pas se réveiller. Il n'avait suivi aucun cours de soins médicaux et se gifla mentalement en se disant qu'il devrait peut-être le proposer aux Préfets.
- Jared ?
Remus écarquilla les yeux. Lena lui parlait.
- Jared ? répéta-t-elle, la voix rauque.
- Je suis là. Remus essayait stupidement de la rassurer.
- Oh, Jared, tu m'as tellement manqué... Je ne savais pas quoi faire, pour consoler maman... quand tu es parti... Tu étais trop jeune... Pendant des mois... p..personne ne parlait. Je pense... avec du recul, que c'est à ce moment là... que papa est devenu a..alcoolique... Il suit une ...cure, maintenant. Et maman... était inconsolable. Elle se disait que ...c'était sa faute, et qu'...elle n'aurait jamais du te... laisser entre les mains de ...ces médecins. Elle se disait ...aussi ... qu'elle n'... n'aurait jamais du te... laisser aller... là-bas, à ... à Melbourne.
Lena s'arrêta brusquement. Sa gorge lui faisait mal.
Remus, en voyant que Lena fermait les yeux de douleur (et qu'elle avait des hallucinations, en plus d'une fièvre qui la faisait délirer ! Qu'est ce qu'elle racontait ?) lui fit boire lentement de l'eau.
- A Melbourne... C'était beau, là-bas ? Tu n'as jamais su me le dire. Quand maman m'a laissée entrer, j'ai cru que ce n'était pas toi, dans ce lit. Tu étais si maigre. Et tes cheveux... Tu n'en avais plus. Toi qui étais si beau... Ton visage était plein de plaies... Tes os semblaient... vouloir sortir de... ta figure, et... tu avais l'air de... d'un cadavre. C'est à ce moment là que j'ai su que tu allais mourir... grand frère.
Cette phrase résonna comme un coup de poing à Remus. Ainsi, elle avait eu un frère qui était mort, dans un hôpital. C'est maudit...
Pauvre Lena. Elle semblait avoir vécu des horreurs que peu d'entre eux avaient réussi à surmonter et à exorciser. Il se reprit, se disant à juste titre que Lena n'aimerait pas le regard de pitié qu'il posait sur elle à cet instant.
Remus regarda sa montre, voyant qu'à peine dix minutes étaient passées depuis le départ de ses deux amis. Il se demanda où étaient passés les autres avant de se rappeler qu'ils étaient en retenue, avec Mrs Jones. Elle n'était pas vraiment terrible, comme tortionnaire. Mc Gonagall aurait pu les envoyer chez O'Connor, par exemple.
Lena bougeait. Elle remuait faiblement dans tous les sens et poussait sa couverture. Remus essaya de l'aider dans sa manoeuvre, mais elle frissonna si violemment qu'il lui remit la couverture jusqu'aux épaules.

Elle ouvrit lentement les yeux. Et les referma en voyant Remus la regarder avec un regard où était mêlé l'inquiétude, la culpabilité, la gêne et la tristesse.
- Où suis-je ? crossa-t-elle pitoyablement dans une tentative de dialogue.
- Dans notre dortoir, rougit Remus. Où as-tu mal ?
- Partout... A la tête... J'ai... l'impression qu'une bombe a explosé mon cerveau.
- Je vais te conduire à la salle de bains. James et Sirius ne devraient pas tarder à revenir. Ca fait quand même une demi heure qu'ils sont partis.
- Parle moins fort, supplia-t-elle, alors que Remus murmurait comme s'il était au chevet d'une mourante. Un horrible écho me perfore la boite crânienne.
Elle glissa sa jambe gauche - nue, ne put-elle s'empêcher de remarquer, en dehors du lit, devant un Remus plus qu'écarlate, et essaya vainement de lever le reste de sa carcasse atrocement lourde.
Voyant sans doute qu'elle avait quelques difficultés à se lever, il s'approcha d'elle et la souleva doucement hors du lit.
Les jambes tremblantes, elle essaya de se repousser de Remus qui la tenait avec fermeté et douceur, comme si elle allait tomber.
Ce qu'elle fit.
Lena avait une envie irrésistible de se transformer en parquet verni tandis qu'elle se tenait à genoux, au sol, les jambes plus tremblantes que jamais et une impression de vertige revenant au galop.
Il la releva et la conduisit gentiment dans la salle de bains, sans rien dire.
Accrochée au lavabo, Lena commençait à avoir la nausée. Elle leva les yeux jusqu'au miroir pour constater avec horreur que Remus était toujours témoin de ses états pitoyablement... navrants.
Ses cheveux étaient emmêlés, et collés sur son front transparent, en sueur. Ses yeux étaient vitreux et n'allaient pas tarder à sortir de leurs orbites, tandis qu'elle transpirait de tous ses pores et que ses lèvres étaient blanches. Joyeux Halloween, pensa-t-elle lamentablement tandis qu'une vague de douleur lui trancha la tête.
- Je vais mourir, réussit-elle à articuler, tandis que Remus la faisait asseoir sur un siège.
- Mais non, murmura ce dernier avec gentillesse.
- Ca ne peut pas être pire que de se transformer en loup-garou, après-tout, hein ?
Remus écarquilla les yeux, blême. Il avait la bouche grande ouverte et une expression d'horreur, de dégoût de tristesse et d'humiliation immense se peignirent sur son visage.
Les yeux de Lena pleuraient. Elle ne savait plus si c'était de douleur physique ou mentale. Elle les ferma, songeant finalement à une tentative de suicide.
Après un long moment de silence, pendant lequel aucun des deux n'avait ouvert la bouche, Remus se lança.
- Comment, quand, et pourquoi. Il essayait de maîtriser sa voix, mais n'y parvenait apparemment pas.
- Je... tiens d'abord à m'excuser, Remus, murmura faiblement Lena, qui semblait au bord de l'agonie suite aux tortures mentales qu'elle subissait, qu'elle se faisait subir ou qu'elle faisait subir. Je l'ai su... en troisième année, quand... on était en groupe, en Potions. A cause du Napel... je... tout s'est mis en place, et... je l'ai su... l'allergie... et les devoirs... de... sur... ça.
Remus ouvrit les yeux. Il eut un pincement au coeur quand il vit que Lena le regrettait profondément.
- A... après, j'ai... compris... que ça devait être terrible... pour toi... les tourments... physiques et mentaux... que tu devais - dois... subir... même si, au début... j'avoue que ça m'a... choquée... mais je n'aurais jamais été te dénoncer, oh ça jamais.
Lena avait dit cette dernière phrase avec assurance, et elle regardait Remus comme s'il allait la mettre au défi de la contredire.
- Je... ne t'ai... jamais considéré... comme une bête abjecte, à bannir. Et je ne le ferai jamais. Remus Lupin, sache que tu es une personne à part entière, humaine, même si quelque nuits par mois, tu te transformes en loup-garou. Ca fait partie de toi, je ne le nie pas, mais cela ne te rend pas moins fréquentable ni moins toi, lui assura-t-elle en levant l'index avec difficulté dans l'idée de le lui planter dans la poitrine fermement avant de le laisser tomber lourdement, et j'aimerais sincèrement que tu arrêtes de te martyriser en te demandant si tu es digne de nous ou si on crierait au loup en s'enfuyant avec horreur. D'accord ? lui ordonna-t-elle en insistant sur ce dernier mot.
- Je... ne... Oui, articula Remus faiblement. Même s'il savait - et que Lena aussi, le savait, qu'il continuerait sans aucun doute ses petites déprimes morbides, comme à chaque pré-pleine lune.
Lena laissa tomber sa tête en arrière (comme elle lui semblait horriblement lourde !), heurtant le dossier avec douleur, et ses mains se crispèrent sur celles de Remus.
- Je... j'arrive... plus à... respirer.




- Héhé, je vous tiens, bande de petits merdeux !
Sirius et James se retournèrent comme un seul homme. Ils découvrirent avec épouvante que Rusard se tenait derrière eux, Miss Teigne à ses pieds, un sourire sardonique étalé sur la face.
Sirius sourit intérieurement en se disant qu'il avait vraiment une abominable face vue de près. Pas que de loin ça vaille le coup, mais...
- Suivez-moi dans mon bureau, susurra mielleusement le concierge, une lueur perverse dans le regard.
- Nous devons aller chercher le Professeur Mc Gonagall, Monsieur, répondit James, poliment - mais avec ironie, en insistant bien sur le dernier mot.
- Non, non, mes très chers petits agneaux. Suivez-moi, avant que je doive me servir de mon fouet ! articula-t-il avec rage, se demandant sans doute ce qu'il ferait si les deux jeunes lui filaient entre les doigts.
- Cracmol, quand tu nous tiens, se chanta Sirius intérieurement.
- Monsieur, reprit poliment James, nous devons absolument aller voir notre Professeur.
- Donnez moi seulement une raison valable, que je la vérifie, et si elle s'avère fausse, je vous colle pendant les deux prochaines années.
- Lena Dimitriadis est souffrante, et elle ne souhaite pas aller à l'infirmerie, commença Sirius.
- Haha ! je vous tiens ! s'exclama le vieil homme avec extase. Désolé, mais ce n'est pas la bonne réponse, minauda-t-il, comme dans un jeu télévisé. Dans mon bureau ! Immédiatement ! rugit-il en soufflant son haleine pestilentielle au visage des deux jeunes Gryffondors.
James et Sirius se regardèrent avec effroi, pensant sûrement tous les deux que des retenues à volonté avec ce cher Rusard ne serait pas vraiment jouasse, aussitôt ils se mirent à courir, en espérant semer le vieux concierge et son chat lépreux, qui les suivirent avec presque autant d'acharnement, aussi vite que les rhumatismes du vieux croc mort le permettaient.

Après ce qui sembla être une demi-heure de course poursuite à Sirius, il s'arrêta, sentant que James lui fonça dessus, alors qu'il courrait à en perdre haleine deux secondes auparavant.
- Je pense qu'on est perdus, dit Sirius pour toute explication.
- Eh merde ! jura James. Si seulement Lup était avec nous...
- Shh, j'entends parler, lui souffla Sirius.
Il s'avança avec précaution devant une porte qui filtrait de la lumière par la serrure. Sirius colla son oreille contre la porte et fit signe à son ami de faire pareil.
Il frappa à la porte, et entra.
Lily, Betty, Tina et Peter le regardaient avec des yeux ronds.
- Hum, hum, toussota le Professeur. Quel est le but de votre visite ici, Mr Black ?
- Excusez-moi, Madame.. Nous sommes venus ici car nous cherchions le Professeur Mc Gonagall qui aurait pu nous dire où se trouvait Mrs Pomfresh, qu'elle puisse aller soigner Lena qui est malade et qui refuse d'aller à l'infirmerie, mais comme nous sommes tombés sur vous en premier... Sirius ouvrit les bras en signe de fatalité.
- Je vois, fit suspicieusement Mrs Jones. Mais votre retenue n'est pas terminée, vous ! signala-t-elle à Peter qui se levait. Je vais vous confier à mon collègue, Mr O'Connor, tandis que je vais aller voir de quoi il retourne. Attendez-moi quelques instants.
Sirius regarda Tina qui faisait la grimace. L'idée de nettoyer les télescopes à nouveau ne l'enchantait guère, apparemment. Il sourit, et leva le pouce pour annoncer que tout allait bien.
Mrs Jones revint. Elle dit qu'O'Connor arrivait, et elle suivit les deux garçons.


- Quels symptômes avait votre amie, Mr Potter ? demanda le Professeur.
- Elle avait l'air, euh, fatiguée, et Remus lui a mis des serviettes froides sur le front, tandis qu'il lui ouvrait le col pour qu'elle puisse mieux respirer... Sans doute qu'elle avait de la fièvre, mais elle s'est à moitié évanouie, ses jambes tremblaient et elle était blanche comme neige.
- Je vois, dit Mrs Jones. Malheureusement, je ne sais pas où se trouve Mrs Pomfresh actuellement, nous devons donc aller chercher Minerva... Mc Gonagall, ajouta-t-elle devant son excès de familiarité.


Remus ouvrit la bouche avec horreur. Lena commençait à devenir bleue, et lui restait là comme un imbécile. Il était paralysé.
Comment faisait-on pour rendre la respiration ?? Il ne se souvenait plus, il avait oublié ! Lui d'habitude si attentif, il se souvenait de tout, mais là ! Et dire que Lena avait été obligée de lui parler, si elle ne s'était pas mise à parler, et à s'échauffer, il ne lui serait rien arrivé, évidemment ! Tout ça c'est ta faute ! lui hurlait sa conscience. Et ses amis qui n'arrivaient pas ! Il était planté là, impuissant et commençait sérieusement à paniquer et à devenir hystérique.
Respire, pensa-t-il et se mettant à trembler, tandis que Lena ne savait pas respirer, elle. Pris d'une impulsion, il essaya de faire apparaître un masque à oxygène, comme il en avait vu l'illustration dans le livre de Lily, mais il n'y arrivait pas.
Bouche à bouche, se dit-il, effrayé.
Il prit Lena précautionneusement dans ses bras, la mit au sol, ouvrit encore plus sa chemise, regardant un point imaginaire en face de lui, et mit un miroir de poche devant la bouche et le nez de Lena pour voir si elle respirait encore. Presque pas. La buée apparaissait irrégulièrement sur le miroir, avec un synchronisme de moins en mois rapproché.
Remus prit son courage à deux mains (Gryffondor ! hurlait une voix dans sa tête) et frappa fort sur la poitrine de Lena. Une fois, deux fois, trois fois, sans résultat.
Il se dit avec raison qu'il devrait frapper un peu plus fort, après tout, il fallait que cela le soit assez pour avoir des résultats concluants, hein ?
La poitrine de Lena ne bougeait plus. Tandis qu'il conversait avec lui même, elle était morte. Morte. Complètement morte.
Remus songea à s'ouvrir les veines avec le miroir qu'il avait lancé sur le mur avec hargne, haine, tristesse, colère, culpabilité, chagrin, panique, culpabilité, quand il frappa de toutes ses forces sur la poitrine de Lena.
- Vis ! Vis ! hurla-t-il en frappant, frappant, frappant, encore, et toujours. VIS ! Ne meurs pas, se mit-il à sangloter, réalisant que si elle mourait... Une partie de lui aussi. Il ne voulait pas qu'elle meure. Ils avaient tant de choses à faire, ensemble.
Remus Lupin pleurait sur le corps qu'il croyait sans vie de Lena Dimitriadis.
La seule qu'il n'ait jamais...
Elle eut un sursaut, un râle, comme si elle se réveillait de la Mort, et tomba dans les pommes.

- Faudrait peut-être qu'on se dépêche, Madame, sans vous manquer de respect, commença Sirius.
- Vous avez raison, Black, répondit Mc Gonagall.
Et elle se mit à courir en direction de la tour Gryffondor, suivie de ses deux élèves plus qu'étonnés.

On frappa à la porte. Remus vint ouvrir, et se recula en laissant place à son Professeur.
- Mon Dieu ! s'exclama-t-elle silencieusement, avec horreur. Lupin... Que... Je ne... Expliquez-vous, lui ordonna-t-elle.
- Je lui ai sauvé la vie. Elle a failli mourir.
Minerva Mc Gonagall regardait Remus Lupin. Il semblait épuisé. Il avait les yeux rouges, gonflés, comme s'il avait pleuré toutes les larmes de son corps. Il regardait Lena avec tendresse. Avec... amour. Et Minerva se dit à cet instant qu'elle n'avait jamais rien vu d'aussi... beau. D'aussi simple. Les mots lui manquaient.
Lena Dimitriadis dormait. Elle avait sur le visage quelques couleurs et sa respiration était régulière, signe de bonne santé. Elle tenait dans sa main celle de Lupin, qui s'était rassis à son chevet et qui semblait extrêmement heureux mais terriblement malheureux.
Minerva Mc Gonagall mit sa main sur l'épaule de son élève, et lui conseilla de dormir.


Photo : Remus Lupin
Chapitre 22 - Coeur de Lion

# Posté le samedi 13 mai 2006 06:24

Modifié le samedi 23 décembre 2006 09:46

Chapitre 23 - Parfois, quand on souffre, on est pas plus heureux après...

Le soleil filtrait à travers les rideaux soigneusement tirés. Lena ouvrit les yeux, réveillée. Elle avait une gêne dans la poitrine. Elle avait eu, du moins, mais elle sentait que c'était encore fragile. Elle respirait doucement, calmement, se demandant si elle avait eu un coup dans la poitrine.
Elle regarda avec étonnement la main de Remus sur la sienne, qui dormait, assis sur une chaise.
Avec effroi, elle se rappela ce qu'elle avait dit à Remus, sur sa lycanthropie, puis quand elle s'était expliquée. Un peu plus soulagée - après tout, pourquoi Remus lui tiendrait-il la main s'il avait décidé de ne plus jamais lui adresser la parole ?, elle s'assit en douceur dans son lit - son lit ? Non, constata-t-elle avec horreur. Dans le dortoir des garçons ?? Sur quel lit ?! Elle se sentait encore un peu faible, mais elle irait mieux après avoir déjeuner, sûrement. Surtout qu'il était treize heures...
Remus bougea. Il ouvrit les yeux et sembla chercher quelque chose précipitamment. Quand ses yeux se posèrent sur Lena, il sourit.
- Bonjour, lui dit-il.
- Salut. On est quel jour ?
- Je pense qu'on est samedi...
- Okay. Lena se leva. Dis... Elle rougit. Je suis dans quel lit ?
- Oh. Remus toussa. Dans le mien.
- Je vais aller, euh, dans mon dortoir.
Elle s'avança vers la sortie, quand Remus lui parla.
- Lena ? Ecoute, je... dois te parler de quelque chose... Il déglutit.
- Oui ? Elle l'encouragea d'un regard.
- Hier, quand tu étais malade... Tu parlais de Jared... Comme si j'étais lui, en fait. Remus baissa la tête.
- Je suis désolé, murmura-t-il.
- Ce n'est rien, dit Lena avec un visage triste.
- Mais, reprit Remus, ce... n'est pas tout. Hier, encore... tu... as failli mourir.
- Ah bon ? Lena avait l'air vraiment choquée. Vraiment ?! Quelle idée ! pensa sarcastiquement Remus. Ca veut dire que... tu m'as sauvée ?
Remus hocha la tête.
- Si... si je te dis ça, c'est pas pour... que tu me considères en héros, ou n'importe quoi d'autre, c'est que... je ne me voyais pas le garder pour moi... et puis... c'est de ta vie qu'on parle, après tout, hein... Remus tenta un pauvre sourire.
- Effectivement, dit Lena comme si elle n'était pas vraiment là, je vais y aller... A plus.
- A plus, répondit Remus, en se demandant bien ce qu'elle avait voulu dire par là.


Elle entra dans son dortoir, sa tête bouillonnant de pensées les plus folles les unes des autres.
Sur son lit se trouvaient ses trois amies.
- Salut, leur dit-elle, en s'asseyant sur le lit de Lily.
- Comment tu te sens ? demanda Tina, en la regardant dans les yeux.
- Je... ça va. Remus m'a beaucoup aidée, dit-elle avec réflexion pour choisir ses mots.
- Mc Gonagall nous en a parlé, commença Lily.
- C'est vrai ? s'exclama Lena avec toute la vitesse dont elle était capable.
- Hum, je ne pense pas qu'on parle de la même chose, là, dit Betty, qui se rongeait les ongles.
Lena ne dit rien. Elle se coucha sur le lit et ferma les yeux.
- Tu veux qu'on te laisse dormir ? demanda Tina, un pli soucieux barrant son front.
- Non... Restez. Il faut que je vous le dise.

- Tu hésites entre la pendaison, la noyade ou ignorer ce qu'il s'est passé, en gros, dit Peter, qui s'attira deux regards furieux et un regard triste.
- Je ne peux pas ignorer ce qu'il s'est passé, fit Remus.
- Et si elle décide que oui ? demanda gentiment Sirius, assis par terre.
Remus ne répondit pas.
- Avec les « et si », on peut aller loin, dit James après un long silence.
Peter ne parlait plus, se disant sûrement qu'il dirait encore une connerie s'il ouvrait la bouche.
- Je... vais m'éloigner. Pendant un moment. Pour réfléchir.
Remus avait dit ça avec une expression douloureuse.
Sirius lui dit d'un air horrifié : « Encore ? »
- Oui, articula Remus. Mais il le faut.


Tina avait envie de pleurer. Elle jeta un coup d'oeil à Lena qui était toujours couchée sur le lit, tandis que sa respiration sifflait.
Elle ne connaissait pas les détails, vu que Lena ne les lui avait pas révélés, mais elle savait que son amie lui cachait quelque chose.
- On va te conduire à l'infirmerie, lança Lily qui avait un visage impassible.
- Ca va aller, articula Lena alors qu'elle toussait.
- Vous pensez que c'est en rapport avec ce qu'il s'est passé ? Betty fronçait les sourcils et avait l'air de réfléchir. Je veux dire, essaya-t-elle d'expliquer après un moment, comme ses amies n'avaient pas l'air de suivre son raisonnement, que, si je me souviens bien, en début d'année, Lily s'est évanouie à table, hein ? Et que l'infirmière n'a pas su diagnostiquer ce que c'était, et que comme Lily allait mieux, elle a pu partir. Vous me suivez ? Ensuite, toi, continua-t-elle en regardant Tina. Toi aussi, mais tu n'avais pas les mêmes symptômes...
- Sauf que moi, coupa Christina, je suis tombée malade comme ça, sans raison.
- Chut, reprit Betty, laisse moi finir. Après, moi. Devant l'air étonné de ses amies (pas de Lena, qui était couchée), elle précisa : « J'étais maladivement fatiguée, vous vous souvenez ? »
- Bref, continua-t-elle après une pause, maintenant, Lena, qu'on va d'ailleurs conduire chez Pomfresh (de gré ou de force, Lena, tu ne discutes pas. Les garçons ont été stupides, hier), qui a eu des symptômes tellement violents qu'elle a failli y passer.
- Et alors ? dit Lily. En quoi ça nous avance ? Les raisons ?
- Les raisons ? Tu rigoles ! On a voulu attenter à notre vie ! Tu ne trouves pas ça un peu louche, que chacune d'entre nous tombe mystérieusement malade, de différentes manières, sans aucun diagnostic possible, après une forte émotion ? Je peux te dire, que, personnellement, dans mon cas, c'est ce qui s'est passé, dit Betty.
- Mais je n'ai ressenti aucune émotion forte ! s'exclama Lily, un peu moins sure d'elle qu'au départ.
- Bien sur que si, dit Betty, imperturbable.
- Tu t'es rendue compte que tu étais raide dingue de James, voilà tout, essaya Tina en amorçant un sourire.
- N'importe quoi. Lily leva les yeux au ciel. Je me suis juste rendue compte que la guerre était là, pour de bon, et qu'on risquait tous de mourir. Elle avait dit ça précipitamment, avec fatalité, et, le rouge aux joues et les yeux brillants, elle regardait Betty avec tristesse.
- Oui. Personnellement, je trouve que ça se tient, réfléchissait Tina. Le fait que je me sois disputée avec Black n'y était pas étranger... Mais... Le fait qu'on ait voulu nous tuer, par contre, je trouve ça un peu paranoïaque... C'est une simple coïncidence, termina-t-elle avec un grimace.
- Peu importe. Betty chassa les dernières questions d'un revers de la main. Conduisons Lena à l'infirmerie.


James regardait son ami qui jouait distraitement aux échecs.
- Echec et mat, dit James, devant Remus qui ne réagissait pas.
- Remus, reprit-il devant le silence de son ami, tu ne vas pas te taire toute ta vie, quand même ? Regarde un peu ! Je t'ai pris ton Roi ! C'est la première fois que je gagne contre toi en six ans !
Il agita sa main devant les yeux de Remus qui fixaient un point imaginaire. Son ami était livide, et de grosses cernes contrastaient avec sa blancheur maladive.
James était peiné de ne pas pouvoir l'aider.
- Je vais faire un tour. Remus se leva, prit sa cape, et disparut.



- Allez chercher le Directeur, au lieu de rester tout le temps dans mon chemin ! dit Mrs Pomfresh avec autorité.
- Pas la peine, Pompom, je suis déjà là.
Le Professeur Dumbledore se trouvait dans l'embrasure de la porte et regardait avec inquiétude les trois filles, avant de jeter un oeil à Lena qui était alitée.
- Monsieur, commença Betty qui s'était avancée, nous pensons qu'une ou plusieurs personnes ont monté un attentat contre nous.
- Un attentat, rien que ça ? s'exclama Lily qui regardait Betty avec ébahissement.
- J'ai des théories, dit Betty qui commençait à perdre son assurance devant le Directeur qui la regardait, le visage impassible.
- Du calme, mesdemoiselles, dit-il. Asseyez-vous. Bien. Exposez-moi vos idées, Miss Wells.
- Eh bien, je pense que...


Remus commençait à avoir mal aux fesses. Il fallait bien avouer qu'être assis sur la branche qui lui permettait d'être caché d'en bas n'était pas très confortable.
Il s'était trouvé un refuge, ici, dans cette forêt qui abritait des pins parmi tant d'autres.
Il pensait à ses malheurs quand il entendit une branche craquer dans un bruit sourd.
- Fais un peu plus attention, James ! chuchota la voix de Sirius, que Remus entendit sans peine, alors qu'un humain normal n'aurait rien entendu.
- Ca fait des heures qu'on le cherche, Sirius, si ça se trouve il est bien au chaud dans notre Salle Commune tandis que nous on le cherche comme des imbéciles.
- Tu as raison, répondit Sirius. De toutes façons, il finira bien par réapparaître... Non ?
Ils s'en allèrent bruyamment.
- Des heures ? se dit Remus. Il jeta un oeil à sa montre pour s'apercevoir qu'il était plus de dix-neuf heures et que la faim commençait à se faire sentir.
- Bah, j'irai aux Cuisines.

- Vous pensez qu'on doit le dire aux garçons ? demanda Lily tandis qu'elles rejoignaient la Grande Salle. Elle se passait et repassait la scène de Betty qui expliquait au Directeur son point de vue, tandis que Tina mettait son grain de sel et que Dumbledore hochait parfois la tête, impassible. Il avait fini par leur dire qu'en effet, quelque chose se tramait et qu'une enquête était ouverte. Il les avait ensuite regardées avec intensité, en leur demandant de rester sur leurs gardes.
Betty et Tina avaient acquiescé avec une tête trop angélique pour être naturelle.
- Youhou, tu m'écoutes ? Sirius se tenait assis devant elle en gesticulant comme un pantin désarticulé.
- Hein ? lui demanda-t-elle en voyant qu'elle était assis à sa table.
- Je te demandais comment Lena allait.
- Oh. Son état est stable, mais elle va mieux. Eh, dit-elle en regardant à coté de James, où est Remus ?
- Parti. Disparu, fit James avec éloquence. Pas bien loin, j'imagine...
- Et Peter ? demanda Betty qui d'habitude s'en fichait royalement.
- James, passe moi le plat de poulet, s'il te plait, demanda Tina.
- Tiens. Peter ? Je n'en ai aucune idée. Ah ben si ! Il est là !
Peter arrivait au pas de course, rouge et essoufflé.
- Qu'est ce qu'il se passe, Peter ? demanda Lily qui salait ses pâtes, pas le moins du monde alarmée.
- Remus... A... Disparu ! réussit-il à articuler.



Remus ouvrit la porte de l'infirmerie avec précautions. Il ne tenait pas à se faire attraper par l'infirmière. C'était l'heure de dîner. Il était passé aux Cuisines pour prendre des provisions et avait fait demi-tour en se disant qu'il lui devait bien un dernier au revoir.
Elle était là, couchée sur le lit. Elle dormait. Remus l'envia un instant en se disant qu'elle ne faisait pas de cauchemars à en juger par son air serein, mais la bouteille de potions sans-rêves le démontrait. Il posa une boite sur la table de chevet de Lena, et s'agenouilla.
- Je suis venu te dire au revoir, lui murmura-t-il dans le silence profond de la salle. Je tenais à m'excuser, pour tout... Je sais que... c'est lâche de fuir, mais apparemment ma place n'est pas à Gryffondor. Il eut un petit rire dérisoire. Je m'excuse sincèrement, même si je n'ai pas à le faire, ce que tu dois penser en ce moment même.
- En ce moment même, elle dort. Elle n'entend pas ce que tu lui dis et ne pense pas à toi. Pauvre con.
A sa grande honte, une larme coula sur sa joue et tomba sur le visage de Lena, sur sa joue.
- Je t'aime, lui murmura-t-il en l'embrassant exactement là où il avait pleuré.
Et il partit.
Chapitre 23 - Parfois, quand on souffre, on est pas plus heureux après...

# Posté le mercredi 31 mai 2006 08:48

Modifié le samedi 23 décembre 2006 06:50

Chapitre 24 - Et la lumière fut

- Peter, on sait qu'il a disparu, lui dit James avec la tête de quelqu'un qui expliquait quelque chose de très simple à quelqu'un de particulièrement buté.
- Naon ! s'exclama Peter, alarmé. Il a pris toutes ses affaires ! Il est parti ! Pour de bon ! s'exclama-t-il encore, hystérique. Il s'écrasa sur sa chaise et prit le plat de moules que Lily lui tendait. (« Pas vraiment la saison... »)
James et Sirius se regardèrent, horrifiés. Ils se levèrent brusquement, faisant tomber leurs chaises qui s'écrasèrent avec fracas au sol. Un regard en direction du Directeur les prévint que ce n'était pas le moment. Ils se rassirent donc, comme si de rien n'était.
- Explique-toi, ordonna Sirius en regardant Peter avec des yeux perçants.
Peter déglutit.
- Quand vous m'aviez dit que vous alliez manger, je suis monté dans le dortoir pour chercher de l'encre et là j'ai vu que la malle de Remus était vide...
- Mais qu'est ce que tu voulais faire avec de l'encre ? Tu as regardé dans sa malle ? l'interrompit Betty qui mangeait tranquillement.
- On s'en fiche ! marmonna James avec colère.
- Naon, balbutia Peter, elle était ouverte. Et vide. Complètement.
- Et ? demanda Sirius, le regard toujours dardé sur Peter.
- Ben rien, répondit ce dernier qui commença à manger des moules.

Lily ferma les yeux deux secondes. Ainsi, Remus était parti. Envolé. Il avait mordu Lena, ou quoi ? Elle ne comprenait pas son attitude. Il n'avait quand même pas quitté le Château... Si ? Et puis, la pleine lune, c'était bientôt ! Dans quatre jours ! Et c'était interdit de quitter le Château, en plus, on risquait le renvoi !
Remus avait sûrement bien calculé son coup. Il ne pouvait pas fuir ses responsabilités sur un coup de tête. Non. Jamais il ne ferait quelque chose d'aussi stupide, peu importe les raisons. Qu'est ce qu'il s'était passé dans son crâne torturé, bon sang ? James lui avait dit que Remus comptait s'éloigner. Juste ça. Pas partir ! Non ! Elle se mit à regarder frénétiquement la porte de la Grande Salle, s'attendant sûrement à ce qu'il apparaisse avec un sourire nonchalant aux lèvres, comme d'habitude, et qu'il se mette à discuter tranquillement de tout et de rien avec eux.
Mais Remus n'arrivait pas.
Lily se rongeait les sangs.


Autour d'elle, personne ne parlait. James, Sirius et Peter parlaient à voix basse, un peu éloignés de leurs amies, tandis que Tina et Betty faisaient leurs devoirs.
Lily, elle, regardait la porte de la Salle Commune. Sursautait à chaque fois qu'elle s'ouvrait. Et se renfrognait dans ses sombres pensées en voyant que ce n'était que des stupide et banals élèves.
- Je vais aller faire un tour, lança-t-elle dans le quasi silence de la salle.
- Tu sais que c'est la dernière chose qu'il m'a dite ? fit James en la regardant avec une expression indéchiffrable. Il se leva. Je viens avec toi.
- Laisse tomber, James. Je n'ai pas besoin d'un garde du corps, lui lança-t-elle avec humeur.
- Je viens avec toi, répéta-t-il, buté.
- D'accord, soupira Lily.

- Où veux-tu aller ? lui demanda James, une fois dehors.
- A l'infirmerie.
Elle marchait, avec James à ses côtés, les mains dans les poches, la tête ailleurs quand elle réalisa qu'il lui parlait.
- Quoi ? demanda Lily un peu plus sèchement qu'elle l'aurait voulu.
- Tina nous a expliqué la théorie de Betty...
Lily attendait la suite. Et alors ?... Elle le regardait d'un air encourageant.
- Je suis d'accord avec elle.
Lily soupira.
- Vraiment ? Ne trouves-tu pas que c'est un peu exagéré, quand même ? demanda-t-elle avec un cynisme non feint, les yeux levés au plafond.
- Pas du tout, dit James qui ne comprenait pas l'attitude de Lily.
- Et qui, à ton humble avis ?
- Ca... On est pas encore surs. James se passa la main dans les cheveux.
- Arrête de faire ça, grogna Lily qui s'arrêta d'un bloc.
- Hein ? James la regardait à travers ses lunettes, incrédule.
- Arrête de passer ta main dans tes cheveux ! Ca m'énerve ! marmonna-t-elle.
James la fixait d'un air franchement étonné. La psychologie féminine n'étant pas son fort, il ne posa plus de questions.
- On y est, annonça-t-il bêtement, une fois devant la porte.
- Perspicace, sourit faussement Lily. J'avais pas deviné.

Elle poussa la porte. Se dirigea vers le lit de Lena, pour constater qu'elle avait les yeux ouverts. Elle serrait dans ses mains une boite.
- Tu es réveillée ? souffla Lily, maternelle, en s'approchant à pas feutrés du lit le plus proche. S'assit.
Lena ne répondit pas.
A son tour, James s'approcha de la grecque. « Ca va ? » lui demanda-t-il avec douceur. Douceur qui écoeurait Lily au plus profond d'elle même.
- J'ai fait un rêve, dit Lena, soudainement.
- Impossible, petite, continua James. Tu as pris une potion contre...
- Non, protesta faiblement Lena. J'ai vu... Remus.
Lily s'avança. Elle regarda James qui avait les yeux ronds et ria jaune en se sentant la protagoniste d'un mauvais roman d'amour comme ceux que sa frangine lisait : " Coeur Grenadine "...
Elle embrassa son amie sur le front et prit James par le bras pour sortir de l'infirmerie.
- Qu'est ce qu'il se passe ? demanda platement James comme s'il faisait des efforts pour contenir sa curiosité.
- Viens, lui répondit Lily. Allons dehors.
- Mais c'est le couvre feu ! s'exclama doucement James, terrorisé rien qu'a l'idée que Lily-la-super-Préfète puisse se moquer du règlement.
- Je m'en contre-tamponne. Viens, je te dis.

Ils étaient assis près du Lac, sur un banc fait pour. La lune reflétée sur la surface de l'eau les narguait. Plus que trois nuits...
Lily regardait James en s'interdisant les pensées idiotes qui lui venaient à l'esprit. Pensées qui auraient fait émouvoir sa mère. Voyez le genre de stupidité auxquelles je pense alors que Remus s'est barré à cause d'un putain de chagrin d'amour ?!?!
Mais James se taisait.
Il ne comprenait donc pas qu'elle attendait qu'il dise quelque chose.
- James, dit Lily gentiment, bien décidée à ne pas être méchante. Dis quelque chose.
- Comment veux-tu... fit-il après un silence. Je ne comprends pas...
- Ce n'est pourtant pas bien compliqué, commença Lily.
- Non, ça, j'ai compris, dit James leva ses bras vers le ciel. Je n'ai pas compris le comment. Ni le pourquoi.
- Si je te semble trop débile ou sentimentale tu me fais signe, ok ? Mais notre pauvre Remus s'est rendu compte qu'il tenait beaucoup à Lena. Qu'il était amoureux d'elle, quoi ! Lena nous a dit qu'elle avait failli mourir et que Remus lui avait sauvé la vie... C'est à ce moment là, qu'il s'en est rendu compte, j'imagine. Mais supposons que c'était bien plus grave. Parce qu'en soi, le fait d'être amoureux (elle détacha le mot avec une certaine répulsion, elle ne put pas s'en empêcher), ce n'est pas terrible, hein ? Mais qui sait ? Il s'est passé un truc fou dans sa petite tête stupide qui l'a poussé à fuguer sans nous dire « Au revoir ».
- Là, je t'arrête. Déjà, ce n'est ni débile ni sentimental, c'est juste de la psychologie de comptoir. Nan, je plaisante, précisa-t-il en souriant devant l'air furieux de Lily. Il nous a dit au revoir. Il nous a écrit une lettre. Une lettre commune. Pas à vous ? demanda-t-il en regardant Lily qui était éclairée par la lueur de la lune.
- Je n'en sais rien, en vérité. J'aime beaucoup Remus, et je pense que lui aussi, non ? Après tout, c'est depuis la troisième qu'on reste ensemble. Ca me rappelle plein de souvenirs, ça. Elle sourit. Un beau sourire satisfait et nostalgique.
James lui accorda deux minutes de souvenirs heureux avant de continuer : « C'est à cause de sa lycanthropie. »
Lily cligna des yeux et son regard devint triste. « Je ne l'ai su que cette année. Je suis navrante, comme amie, hein. » Cela ne sonnait pas vraiment comme une question, même si James le niait.
- Mais non, Lily, tenta-t-il de la rassurer.
- Bien sur que si, articula Lily avec des trémolos dans la voix. Elle posa sa tête sur l'épaule de James alors qu'il passa son bras autour de ses épaules.
Après quelques minutes qui semblèrent à nos deux amis une éternité, Lily murmura : « Sa lycanthropie... Il se sent indigne des gens, pas vrai ? »
- Ouais, répondit James dans le silence de la nuit.
Après un moment, il serra sa prise et reprit : « Nous l'avions découvert en deuxième année. En vérité, je l'ai découvert par hasard et je l'ai dit aux autres. Je m'en suis beaucoup voulu. Mais pas autant que Remus. Il s'est replié sur lui, pendant longtemps, avant que nous lui fassions comprendre que ça ne changeait rien à notre amitié... Si je deviens trop débile ou sentimental tu me fais signe hein ? » essaya-t-il de plaisanter en singeant Lily.
Et il reproduit le même schéma, en plus dramatique, pensèrent amèrement James et Lily.
- Notre loup est amoureux, sourit James, triomphalement. Je le savais, mais pas lui, apparemment.
- Imbécile, grogna Lily en laissant échapper un petit rire. Allez, viens, gros paresseux, rentrons avant d'avoir des retenues à vie. Et elle lui flanqua une grosse claque sur le ventre.


- Peter ?
- Oui ? Il était en train de s'arracher les cheveux sur le devoir de Défense.
- Pourquoi as-tu lancé ce sort au garçon qui m'arrachait le crâne ?
Peter leva les yeux et croisa ceux de Betty. Gêné, il les baissa et marmonna quelque chose.
- Pardon ? fit Betty qui enroulait ses cheveux sur sa baguette. Je n'ai pas bien entendu.
Autour d'eux, Tina et Sirius regardaient l'échange d'un oeil amusé. Ils secouèrent la tête en parfait synchronisme et replongèrent dans leurs devoirs, non sans écouter l'échange des deux autres.
- Parce qu'il te menaçait, voyons ! articula Peter.
- Ah, d'accord. Elle sourit. Me voilà rassurée.
- Tiens, Betty, tant que j'y pense, sourit Sirius, tu as accepté ?
- L'offre du garçon ? Non.
- Dommage, toussa Tina qui étouffait un rire, alors que Sirius rigolait sans discrétion de la tête du pauvre Peter.
- J'en ai reçu d'autres beaucoup plus intéressantes, précisa Betty avec un petit sourire.
Chapitre 24 - Et la lumière fut

# Posté le lundi 05 juin 2006 09:44

Modifié le samedi 23 décembre 2006 09:27

Chapitre 25 - Désespoir et espoir

Il voulait partir. Loin d'ici. En Europe du Nord, peut-être. En France, ou en Belgique. Ou alors au Canada. Il savait parler français, la langue ne lui poserait aucun problème.
Il était musclé, il travaillerait, et serait payé. Il vivrait une vie un peu aventurière, comme dans les livres.
Sauf que... dans trois nuits, ce serait la pleine lune. Il en sentait déjà les effets. Remus ne voulait blesser personne. S'il était en liberté, il tuerait. Ou pire, mordrait. La Cabane Hurlante était la seule prison qui l'empêchait de sortir. Quelques fois, il sortait avec ses amis, mais une immense terreur le pliait en deux quand, au matin, il se réveillait et se demandait s'ils n'avaient pas fait de bêtises.
Oh, bien sur, ils étaient jeunes, insouciants des risques qu'ils encouraient, et encore plus insouciants du reste. Quand on est jeune, on se sent immortel, adulte mais c'est tellement le contraire.
Il trahissait la confiance de Dumbledore. Le seul Directeur qui l'ait accueillit. Le seul qui l'ait aidé. Ce n'était pas de la pitié, oh, non, seulement Dumbledore donnait toujours une deuxième chance aux gens.
Un étau de culpabilité se serrait encore et toujours autour de sa poitrine. Il partait, pour aller il ne savait où, la pleine lune était dans trois nuits, et il trahissait la confiance de Dumbledore en s'en allant.
Il abandonnait ses responsabilités, ses amis, sa mère.
Il voyait sa mère qui pleurait, se tordant les mains, s'inquiétant pour son fils.
Ca, c'était comme d'habitude, quand la lune était pleine.
Elle mourrait sûrement du choc de sa fugue.
Et ses amis, qui s'étaient sacrifiés pour devenir des Animagis non déclarés. Qui risquaient leurs vies en venant avec lui, pendant ses transformations. Qui étaient les seuls qu'il n'ait jamais eu. Espèce de lâche !
Il abandonnait sa vie pour sauter dans un train qui le mènerait au bout du monde. Dans trois jours, il allait mourir. Il se voyait, pourchassé par des villageois, des fourches et des tromblons à la main, prenant en chasse le loup de Satan.
Il ferma les yeux un instant, et s'assit sur la souche d'un arbre.
Exactement comme à Salem.
Oh, oui, Sorcier et Loup, il brûlerait pour l'éternité en Enfer.
Remus doutait, maintenant. Devait-il partir ? Ou pas ? A quoi bon, à la fin ?
Il n'avait qu'à demander à Mc Gonagall de changer de Maison, et tout serait terminé. Il irait à Serpentard, sûrement. Sauf qu'on ne pouvait pas changer de Maison.
Il n'aurait qu'à oublier ses anciens amis. Sa meilleure amie, Lily, son autre amie, Tina, et Betty. Et Lena. Pourrait-il l'oublier ?
Il oublierait Peter, le gentil garçon rieur. James, et Sirius, ses meilleurs amis.
Il les oublierait. Il en était sur. Il pourrait.
Non. Impossible. Il ne pouvait pas. Ils faisaient partie de sa vie ! Oublier...
S'endormir et ne plus se réveiller.
Oui...



Betty déglutit. Elle essayait d'avoir l'air joyeuse, mais elle n'y arrivait pas. Elle avait récolté sa pire note en Arithmancie. C'était peu dire !
L'ambiance était complètement plombée, depuis samedi soir. Sirius et James ne faisaient plus aucune blague, il avaient une triste mine.
Lily, elle se rongeait les sangs. Oui, oui elle allait bien ! Autant qu'eux tous.
Tina aussi, était triste. Elle faisait ses devoirs avec acharnement. Elle avait préparé une potion pour se venger des Serpentards. Pour s'occuper l'esprit. Pour ne pas y penser.
Et Lena... Elle pleurait. Ne dormait pas. Et ne mangeait pas. Elle restait dans son coin, sa boite à la main, et regardait des photos avec... Avec quoi, au juste ? Affolement, culpabilité, tristesse. Et quand quiconque voulait l'approcher, elle se fermait complètement et montrait un visage impassible. Ses photos étaient bien gardées. Personne n'avait encore réussi à les saisir, et ce n'était pas faute d'avoir essayé.
Plus personne ne parlait, ne riait. Ils étaient tous assis, en cercle, et regardaient le feu brûler. Puis montaient se coucher.
Aucune de ses amies n'arrivait à dormir. Elle entendait Lily qui tournait comme une toupie dans son lit et qui s'assoupissait en général vers une ou deux heures du matin. Tina qui ne bougeait pas du tout, qui faisait semblant de dormir, mais Betty n'était pas dupe. Sa respiration n'était pas du tout naturelle pour quelqu'un qui dormait. Et Lena, elle pleurait. Elle essayait de le cacher, d'atténuer le bruit, mais ses amies se taisaient. Ce matin, elles s'étaient réveillées ensemble. Leurs lits étaient tous rapprochés, ne faisant qu'un, et elles s'étaient endormies toutes dans n'importe quel sens. Lena dans les bras de Tina, elle, son lapin dans les siens, et Lily à côté qui semblait veiller sur elles.
Elle essayait donc d'avoir figure humaine, mais c'était peine perdue. Elle avait besoin en général de huit à dix heures de sommeil pour être sortable, mais c'était plutôt trois qu'elle avait réussi à accumuler.
D'un autre côté, ça ne faisait que trois jours.

Betty se dirigeait machinalement avec ses amis vers le cours de Botanique, quand elle se rappela soudain quelque chose. Rogue ! Mais bien sûr !
Elle se promit de lui donner rendez-vous dans la journée et prit des notes avec automatisme.


Christina avait envie de vomir. Quand elle stressait ou que quelque chose n'allait pas, elle avait la nausée. C'était une sorte de protection, disons plutôt une malédiction. Elle avala en vitesse une pastille anti-gerbe, comme elle s'amusait à les appeler, puis sortit du dortoir. C'était rigolo, sans tenir compte des circonstances, cette manie qu'elles avaient de se protéger et de veiller les unes sur les autres.
Ce matin, par exemple, elles s'étaient réveillées ensemble, et elles formaient un drôle de tableau, dormant n'importe où et n'importe comment. Elle aurait bien voulu prendre une photo mais Tina se dit à juste titre qu'elle rappellerait des mauvais souvenirs.
Cherchant une tête connue dans la masse d'élèves de la Salle Commune, elle s'assit et tomba nez à nez avec Sirius qui lui expliqua avec difficultés qu'il s'était posté là pour faire le guet, si jamais Remus apparaissait dans la nuit.
Tous les deux allègrement fracassés, ils se dirigèrent à force de bâillements vers la Grande Salle, pour petit-déjeuner.


En temps normal, James aurait rit de la tête de ses amis. Sirius, blafard, essayait de se tartiner de la confiture avec une fourchette. Lily bâillait à s'en décrocher la mâchoire et semblait vouloir se rendormir dans son assiette. Peter, lui s'était fait tirer de force de son lit qu'il ne voulait pas quitter. Lena avait les yeux gonflés, Tina avait l'air vaguement nauséeuse, et Betty était complètement larguée.
Ce matin, James n'avait pas osé croiser le miroir, de peur qu'il ne lui lance une remarque cynique. Il se demandait quelle tête il devait afficher. Aussi pire que ses sombres pensées, sûrement.


- Je vous souhaite bonne chance pour Potions, dit platement Betty. Ne vous endormez pas dans vos chaudrons, surtout, d'accord ? dit-elle avec un petit sourire. Moi, je vais aller me coucher, j'ai rien, maintenant. Enfin, Arithmancie a été annulé, je sais pas pourquoi. A tout à l'heure.
Elle tourna le dos à ses amis et s'enfonça dans le couloir sombre qui menait à la Tour Gryffondor, avant de retourner sur ses pas en regardant bien si elle n'était pas suivie.

- Tu n'es pas en avance, s'exclama Rogue avec son gros nez tordu.
- Non, désolée, je reviens de Défense, bâilla Betty.
- Pas de sarcasmes ? demanda Rogue, faussement étonné.
Ils se tenaient dans une salle apparemment inoccupée depuis de nombreuses siècles.
- Trop crevée pour ça, expliqua-t-elle en se demandant vaguement si elle était en train d'avoir une conversation civilisée avec Rogue. Rogue !
- Alors ? fit-il, suspicieux, en levant le sourcil.
- Tiens. Elle lui donna un cadeau emballé dans un papier Winnie The Pooh.
- Qu'est ce que c'est ? demanda Rogue en soupesant le paquet.
- Ton cadeau, parbleu ! s'exclama Betty sans conviction.
Elle aurait juré avec vu l'ombre d'un sourire frémir sur les lèvres de son interlocuteur. Je devrais peut-être lui proposer une lotion anti-pelliculaire, songea Betty.
- Bref, dit-elle, après avoir chassé ses pensées absurdes, je me demandais si tu n'avais pas croisé Lupin dans le coin.
Le visage de Rogue se ferma.
- Non.
- Tu es sur ? Si tu l'avais vu, tu me le dirais vraiment ?
- Peut-être.
- C'est sérieux, Rogue !
- Votre loup s'est enfui à l'approche de la lune grandissante, c'est ça ? fit Rogue, ironique.
Betty ouvrit la bouche, effarée. Il savait ! Mais comment ?!
- Ton cher ami Black me l'a présenté, une fois, expliqua-t-il, comme s'il lisait dans ses pensées.
- Tu l'as vu, oui ou non ? insista Betty, son assurance envolée.
- Non. Mais je pourrais me renseigner.
- Merci d'avance, fit Betty. Ah, au fait, Joyeux Anniversaire ! lui lança-t-elle une fois dans le couloir.


Sirius sentait qu'on le regardait. Il l'avait senti aussi en Botanique et en Défense, ce matin, mais chaque fois qu'il se retournait, il ne voyait personne.
Remus n'était pas venu. Il ne reviendrait peut-être jamais. Tout ça... Mais pourquoi ?! James lui avait raconté, rosissant, la conversation qu'il avait eu avec Lily. Il savait que Remus était tombé amoureux. Mais ce n'était pas grave, enfin ! Si ? Lena savait que c'était un loup, en plus ! Où était le problème ? Remus leur avait dit qu'il allait s'isoler un peu, pour réfléchir. Mais il était parti pour de bon.
Et les Professeurs qui ne faisaient comme si de rien n'était. Sirius fronça les sourcils, sentant encore qu'on l'observait, et se retourna d'un bloc, pensant sans doute que c'était encore une de ces pimbêches qui voulaient lui mettre le grappin dessus.
Il écarquilla les yeux, croyant apercevoir Remus, mais se ressaisit en se disant qu'il avait des hallucinations dues à la fatigue.



Il était revenu. Il s'était caché, comme une ermite. Il avait assisté aux cours d'aujourd'hui, et à sa plus grande tristesse, personne ne l'avait remarqué. Il s'était caché, très bien caché, même, dans les coins reculés des classes, ce qui faisait que personne ne s'y retournait, mais il était triste quand même. Il les avait vus, tous. Il avait vu leurs têtes tristes. Ils l'étaient pour autre chose. Peut-être un décès.
Il faisait ses devoirs dans cette pièce désaffectée. Il essayait, du moins.
Mais la tristesse le rongeait tellement...
Et si il allait vers eux ? Et si il faisait comme si rien ne s'était passé, rigolant comme autrefois ? Si il allait chez Lena pour essayer de se faire pardonner ? Mais si ils le rejetaient ? Si Lena l'ignorait ? Si ils lui tournaient le dos ? Hein ?
Mais comme Peter disait toujours, avec les « et si », on peut refaire le monde...


Elle l'avait vu. Oh, non, elle n'avait pas rêvé. En Botanique, elle l'avait senti. Remus Lupin se cachait comme un cafard dans des putains de plinthes ! Il était devenu complètement aliéné ! Qu'est ce qui lui prenait, à s'enfuir, comme ça ? Il avait eu une soudaine envie d'aventure ? Elle allait lui faire voir du pays, oh ça, ouais. Pour qui il se prenait ! Non mais oh !


- Alors, loupiot, on se cache comme un rat ?
Remus se tourna, une expression d'horreur peinte sur le visage.
- Que... Qu'est ce que tu fais ici ? Comment m'as-tu retrouvé ?
- Cape d'invisibilité, potion indolore et sortilège de silence.
Elle avait dit ça froidement, même si au fond d'elle-même elle se voyait le serrer dans ses bras jusqu'à lui briser toutes ses côtes.
- T'aurais pu faire le ménage... Tu ne t'attendais pas à de la visite ?
- Je.. non.
Remus la regardait, un sentiment d'horreur mêlé à de la satisfaction.
Elle s'approcha de lui et se mit à lui hurler dessus : « Remus Lupin ! Comment oses-tu ! Espèce de monstre ! Oui ! Tu es un monstre de nous avoir fait se lamenter, attendre, nous ronger les sangs comme ça ! Tu penses vraiment que ce sont tes misérables petites lettres d'adieu qui vont nous réconforter ! On a pas dormi de la nuit, à cause de toi ! Qu'est ce que tu voulais ? Nous punir ? Mais pourquoi ? Pourquoi ?! Et Lena ! Lena ! Elle passe ses nuits à pleurer depuis que tu es parti ! Elle ne mange plus ! Elle ne travaille plus ! C'est une loque misérablement humaine! Elle passe son temps à regarder dans cette petite boite de malheur que tu lui as donné ! Tu sais ce qu'elle nous a dit, la dernière fois qu'elle a ouvert la bouche ? J'ai rêvé de Remus à l'infirmerie ! Tu es vraiment égoïste de t'en être allé comme ça ! Tu nous as foutu une trouille d'enfer ! On pensait que tu étais mort ! »
Christina s'arrêta, essoufflée d'avoir crié si fort et d'avoir parlé aussi vite.
Elle prit Remus dans ses bras et le serra de toutes ses forces.


Oh, Bouddha, pensa Remus Lupin avec amusement et soulagement, il allait se remettre à pleurer. Il fallait que ça cesse. On allait le prendre pour un sentimental...
Au lieu de ça, il s'apaisa au rythme des sanglots de Tina qui lui pleurait sur la chemise et qui n'avait pas l'air de vouloir desserrer sa prise.
Chapitre 25 - Désespoir et espoir

# Posté le dimanche 11 juin 2006 05:55

Modifié le samedi 23 décembre 2006 09:26