Lily éteignit sa musique et descendit au salon. Sa mère se tordait les mains nerveusement et son père avait un sourire forcé scotché aux lèvres.
Pétunia fit son entrée, rayonnante.
Lily en avait le souffle coupé. On aurait dit que sa soeur avait passé l'après midi dans un centre de beauté.
Elle portait une jolie robe d'été, de couleur bleue, qui allait si bien avec ses yeux, et des escarpins.
Ses cheveux blonds étaient élégamment attachés en un chignon.
Elle qui passait son temps à se faire belle et qu'en général, le résultat était plutôt affreux, elle avait réussi à être jolie et naturelle.
Derrière elle se trouvait Vernon.
Il s'avança, serra la main de son père, fit un baisemain à sa mère et lui tendit un magnifique bouquet d'hortensias.
Au moins il a appris les bonnes manières. Ce n'est pas du tout le même genre de garçons aux longs cheveux crasseux qui étrennent une Harley Davidson, le genre de bad boys qui font fantasmer les ados crâneuses. Elle a changé de style, ma frangine. Quand je pense à son ex qui était tellement laid, et qu'est-ce qu'il puait la graisse de voiture !
Il s'avança vers Lily, la coupant dans ses pensées. Il la regardait de haut en bas, comme un gamin curieux.
Il était horrible. Il faisait un mètre quatre-vingts, cent kilos assez mal répartis, il avait une énorme face boursouflée toute rouge, des cheveux bruns fades qui commençaient déjà à tomber et il avait revêtu un costard pour l'occasion. Charmant. Il lui serra finalement la main.
Lily se sentait mal à l'aise en jean et en top blanc. Elle n'était même pas bien coiffée. Tant pis !
Le jeune homme (si on pouvait le qualifier d'homme) était plutôt à son aise. Trop même. Il se servait et resservait en goulasch et en vin. Il faisait même la conversation, avec Pétunia. Il essayait même de charmer ses parents !!!
Lily se demandait comment ses parents faisaient pour réprimer leurs bâillements. Son discours était à mourir d'ennui. Si elle n'était pas un tant soi peu polie, elle se serait déjà écroulée sur la table. Au lieu de ça, elle regardait sa soeur qui avait un sourire accroché aux lèvres et qui avait les yeux qui pétillaient.
- La pauvre, elle va finir sa vie avec cet éléphant anesthésiste, se dit Lily, non mais vraiment, où elle va...
Vernon ferait un excellent hypnotiseur, vraiment.
- Je vais reprendre l'entreprise de mon père, quand j'aurai fini mes études d'ingénieur. Il se fait vieux... Et il partit d'un petit rire qu'on aurait dit étudié.
Pétunia était émerveillée.
Lily avait envie de vomir devant tant de suffisance.
Le double menton de Vernon tremblait quand il parlait. Il lui faisait penser à Peter Pettigrow, question corpulence et appétit. Caractère aussi, sans doute.
Poltron et crétin. Elle se sentit mal d'insulter Peter, soudainement. Non, ils ne se ressemblaient pas du tout, finalement.
- Et tu es à quelle école, Lily ?
Elle dut cligner les yeux plusieurs fois, pour reprendre contenance.
Imaginez que j'ai un filet de bave qui me coule sur le menton... Je dois faire vraiment bonne impression ! Ah, mais la tête de ma chère frangine en vaudrait la chandelle !
- Euh... à l'Institut Royal de St Elisabeth, en internat, en Ecosse.
- Vraiment ? J'ai des amis là-bas. En quelle année ?
- J'entre en sixième.
- Bien. Ca te dit que je te présente à mes amis ?
- Non, non, dit Lily d'une voix précipitée, ça ira, merci... Il essaye de faire le populaire, le gros tas. Voyez-vous ça...
Vernon la regardait, d'un air intrigué. Pétunia lui avait bien dit qu'elle était bizarre, sa petite soeur... Allez, ça t'étonne ?
Lily était en train de cafouiller de plus en plus quand Pétunia vint à sa rescousse.
- Lily est plutôt du genre solitaire, expliqua-t-elle, elle se consacre surtout à ses études, n'est ce pas, Lily ?
- Oui, oui. EH ??
Waouh, sauvée par Pétunia, qui aurait cru ??
Elle n'était même pas méchante, en plus ! Ce type fait ressortir le peu de bonté qu'elle a en elle à mon égard, c'est gentil. Attends. Qu'est ce que je viens de dire ? Elle fait ça par pur égoïsme. De peur que son amour s'enfuie à toutes jambes (grasses) en découvrant que je ne suis pas normale...
N'empêche, elle est raide dingue de cet affreux bonhomme. Je me demande à quoi ressembleront leurs enfants... A des cochonnets obèses et égocentriques.
Le cours de ses pensées fut encore interrompu par Vernon qui s'excusait, mais qu'il devait y aller tout en certifiant que c'était une agréable soirée et que le repas était excellent.
- Allez, fais nous un rot pour approuver tes paroles, pria Lily intérieurement.
Il n'en fut rien. Il termina son cognac - il avait du s'en enfiler avant de venir, à moins qu'il ait une maladie de la peau, être rouge comme ça, c'est pas normal et c'est très moche, disons juste que c'était une sorte de gêne du petit ami atroce, et Pétunia le raccompagna à sa voiture.
Lily, curieuse de nature, ouvrit le rideau et eut une vision d'horreur.
Ils étaient en train de s'embrasser... Et j'ai vomi.
